l Monaco fait le pari d’embrasser cinquante ans de création new-yorkaise en arts plastiques, architecture, cinéma, photo, vidéo et performance, en une exposition présentée jusqu’au 10 septembre au Grimaldi Forum. Un couple d’araignées en bronze, aussi majestueux qu’inquiétant, accueille les visiteurs dans les 4. 000 m2 de l’espace Ravel. La sculpture est l’oeuvre de la Française Louise Bourgeois, qui a bâti sa carrière aux Etats-Unis: voici New York la cosmopolite, lieu de rencontre d’artistes du monde entier. Tout de suite derrière, l’artiste Tom Sachs livre sa vision de la société moderne sous la forme d’un stand de vente ambulant aux couleurs et à l’effigie de McDonald’s: voilà New York l’Américaine, où s’invente les symboles d’une nation. Une oeuvre après l’autre – elles sont plus de 500 -, la ville dévoile ses différents visages, raconte l’histoire du plus intense laboratoire de l’avant-garde artistique des cinquante dernières années. Sans mode d’emploi ni fil conducteur, sans réelle chronologie ni cheminement thématique. « Nous avons voulu organiser l’exposition de façon à offrir aux visiteurs une « expérience » de New York, de façon à créer une relation presque physique avec la ville », explique Germano Celant, l’un des commissaires d’exposition. Dans une esthétique très urbaine aux murs et sols gris, câbles et conduits métalliques apparents au plafond, l’espace se décompose en un quadrillage d’allées qui peut rappeler celui de la métropole américaine. Une chanson des Rolling Stones tourne en boucle, une des salles est installée entre deux murs en angle aigu qui rappellent l’architecture du « Flatiron building », l’un des premiers gratte-ciel new-yorkais. L’exposition s’annonce comme le panorama le plus complet, jamais présenté en Europe, des différents langages artistiques nés à New York depuis l’après-guerre. C’est aussi un condensé d’art moderne américain tant la création new-yorkaise concentre la vie artistique des Etats-Unis. Pas un grand nom, pas un courant ne manque à l’appel. L’Expressionisme abstrait, qui aspirait à faire de la toile une arène accueillant un geste, un événement plutôt que la reproduction d’une image, est largement représenté avec Pollock, de Kooning, Franz Kline, Motherwell, Joan Mitchell, Philip Guston, Adolph Gottlieb, Barnett Newman. Les neo-dadaïstes du groupe Fluxus annoncent les tentatives du Pop Art de ramener l’art vers la culture populaire en s’inspirant de la publicité, des affiches, des BD. Andy Warhol, Roy Lichtenstein, Robert Rauschenberg, Claes Oldenburg, Tom Wesselman en témoignent. Plus tard, les oeuvres de Franck Stella, Carl Andre, Donald Judd ou Sol LeWitt, rattachés à l’école minimaliste, rejette la subjectivité du Pop Art comme le geste héroïque de l’expressionisme abstrait, au profit de la recherche géométrique. La photo -300 clichés, 50 artistes, de Nan Goldin à Allen Ginsberg, en passant par Avedon, Cindy Sherman, Andres Serrano- reste dominée par la quête de réalisme, souvent cru, dans les scènes de rue comme dans les portraits. Le visiteur n’oubliera de prendre un bonbon en sortant: c’est l’artiste Felix Gonzalez-Torres qui régale dans son oeuvre « Tas de bonbon en papillote bleu », fourniture infinie, dimensions variables.
