Les premières figues arrivent

Comme à chaque saison, la découverte de la première figue est un événement dont l’écho fait le tour des chaumières telle une traînée de poudre et cela depuis la nuit des temps, en Kabylie. L’heureux citoyen qui découvre la première figue se doit d’abord de la présenter à Thajmâath qui se charge de propager la bonne nouvelle, et ce dernier voit ainsi son nom et celui de son village cités dans tous les villages du Aârch. Cette année, c’est au village Aggache que la première figue a été trouvée dans un verger par une petite fille. Malheureusement, cette année la récolte ne sera pas importante au vu de la quantité de ces fruits qui jonchaient le sol sous les figuiers. Ces fruits se sont détachés avant maturité; cela est dû à la canicule et le sirocco qui ont frappé la région au début du mois de juillet. A ces conditions climatiques défavorables s’ajoute le manque d’entretien de ces arbres très sensibles qui ne produisent que si on les travaille. Le figuier est le seul arbre qui captivait toute l’attention de nos aïeuls et qui bénéficie de leurs petits soins consistant en labourage et enfumage. Quand les branches sont surchargés, ils les soutiennent avec une sorte de piquet dont l’extrémité supérieure soulève la branche et la maintient à bonne distance du sol. Cela pour éviter sa déformation et ensuite pour mettre les fruits hors de portée des animaux, particulièrement le sanglier qui, non content d’avaler d’énormes quantités de figues, brise aussi les branches pour nourrir les jeunes marcassins. Dans la région de M’chedallah, le figuier est en nette régression, déclassé par d’autres arbres fruitiers beaucoup plus rentables. Ne subsistent encore que ceux plantés par nos grands-pères, et si rien n’est entrepris par les services de l’agriculture pour relancer sa plantation, le figuier tout comme l’olivier, tous deux revêtus de symboles, finiront par disparaître. Déjà qu’aujourd’hui aucun agriculteur n’est en mesure de produire ne serait-ce que dix kilos de figues sèches.

O. S.