Il était une fois la Fête de la poterie

La désillusion est maintenant bien réelle pour les maâtkis et les artisans potiers kabyles qui attendaient de pied ferme le retour de cette célébrissime Fête de la poterie qu’organisait traditionnellement jadis la circonscription de Maâtkas. En effet, après avoir atteint son apogée et ses lettres de noblesse en 1998 lorsque le ministre du Tourisme et de l’Artisanat d’alors l’avait institutionnalisée en Fête nationale de la poterie, la désillusion est arrivée deux ans plus tard où celle-ci n’a jamais plus revu le jour, hélas ! Seules donc neuf éditions ont été organisées par un comité composé du mouvement associatif et des élus qui s’est créé spécialement pour l’événement. Il faudrait rappeler pour ceux qui s’en souviennent pas, que cette Fête de la poterie était une manifestation populaire, par excellence et par ricochet, elle était née dans les milieux populaires et nul ne pourrait aujourd’hui s’arroger le quelconque droit d’être derrière la création de ce rendez-vous culturel. Pour preuve, toutes les tentatives de récupération politicienne de cet événement par les forces politiques locales sont toutes restées vaines. C’est précisément pour cette raison, pour le moins malsaine, que beaucoup de « militants » et bénévoles activistes ont déserté les lieux. C’était là le début de la déchirure. Début 2001, alors qu’un comité communal des fêtes eut été créé par l’APC pour précisément chapeauter l’événement, vinrent les douloureux événements du Printemps noir avec son lot de victimes et de blessés. C’était alors le deuil ! Maâtkas venait de perdre trois martyrs et plus d’une centaine de blessés plus ou moins grave. Tout de suite après, une conférence de presse a été organisée par les maires de Maâtkas, Ath Yenni et Aït Yahia (Ath Hichem) dans l’objectif d’informer l’opinion de l’annulation de ces principales fêtes d’art traditionnelles en l’occurrence les Fêtes de la poterie, des bijoux et du tapis, organisés traditionnellement chaque été dans les communes précités en raison du deuil qui frappait la Kabylie. Et depuis le retour à la « normale », deux fêtes parmi les trois ont ressuscité de leurs cendres, à savoir celles des bijoux et du tapis, mais pas celle de la poterie !Les raisons de ce faux bond de cette dernière est bien simple : pas de fête de la police sans sécurité ! L’unanimité chez les associations, les artisans et les élus est incontestable : « Nous l’organiserons une fois la sûreté de daïra opérationnelle ! » n’ont cessé de clamer, en toute légitimité, les élus. C’est une manière de revendiquer médiatiquement le rétablissement de la sécurité et de la quiétude publique surtout que cette région est souvent montrée du doigt pour son insécurité où terrorisme et surtout grand banditisme ont repris du poil de la bête. Gageons donc au retour de cette fiesta qui avait fait sortir Maâtkas de son anonymat pendant toute une décennie avec cette imminente inauguration de la sûreté de daïra prévue avant la rentrée de septembre, comme promis par le premier magistrat de la wilaya.

Idir Lounès