C’est au retour du stade où ils avaient disputé un match de football que l’idée de procéder au nettoyage des deux cimetières de leur village a germé dans l’esprit de ces jeunes âgés entre douze et vingt ans, une initiative qui a tout de suite été acceptée par tous et mise en application le lendemain même, soit ce dimanche. Tôt le matin ils se sont retrouvés au grand complet sur les lieux de l’opération, équipés de tout ce qui pouvait être utilisé, pelles, pioches et fourches. Ils se sont attellés dans une ambiance de fête mais avec un sérieux remarquable à la tâche qu’ils se sont assignée sans une préalable consultation des adultes qui auraient, disent ces jeunes volontaires, retardé l’opération en versant dans des formes protocolaires où il serait beaucoup plus question des… plans d’organisation nous dira l’un des jeunes. Les vieilles femmes étaient de la partie en ramenant à ces jeunes travailleurs ; caisses de jus, boissons gazeuses, cartons de biscuits et gouffrettes, thermos de café au lait accompagnés de beignets et autres gâteaux et friandises maison créant un climat de Zerda. Ni la canicule ni la fatigue ou la poussière n’ont réussi à freiner l’ardeur de nos volontaires en herbe qui ont déjeuné sur le pouce avec des sandwiches ne marquant aucune pause, décidés qu’ils étaient à en finir avec les buissons composés de ronces et ne s’arrêtant qu’une fois l’opération menée à terme. A 14h ils en étaient aux dernières retouches après avoir réalisé un travail considérable qui leur a nécessité beaucoup d’efforts et de… sueur. « Un bienfait ne se perd jamais » dit l’adage qu’on a vu ce jour-là se réaliser sur place. Après concertation les vieilles du village ont décidé d’offrir une sortie en mer ce week-end à tous les participants, en prenant en charge tous les frais nécessaires. Notons qu’en temps ordinaire l’évènement relaté aurait fait figure de fait divers mais vu le climat d’anarchie totale et du « livré à soi même » dans lequel évolue la classe juvénile, c’est un événement générateur d’espoir de voir cette jeunesse se ressaisir et ne plus prêter le flanc aux multiples vices ravageurs de la rue et contre lesquels nombreux parents particulièrement ceux issus des couches défavorisées s’avouent incapables de lutter. Voilà un village où les jeunes peuvent être définitivement récupérés, pour peu que l’autorité locale soit à leur écoute et s’informe de leurs doléances, des jeunes qui se sont créés eux-mêmes leur lieu de loisir en aménagemant une sorte d’aire de jeux, en guise de stade, située en pleine forêt.
Omar Soualah
