Il y a quelques années, notamment durant les années dures du terrorisme, il n’y avait pas seulement que la peur qui régnait sur certains axes routiers, pourtant classés routes nationales, mais aussi aucune sorte d’animation. Personne n’osait s’aventurer pour y exposer ses produits. Cette année, en particulier, la vie a repris son cours normal. Il ne suffit, à titre d’exemple, que d’emprunter la RN 68, reliant la ville de Draâ El Mizan aux Issers en passant par Chabet El Ameur pour s’en rendre compte. Effectivement, premier arrêt, la petite bourgade de Boufhaima. Cette dernière est très connue par ses vignobles. Loin d’égaler les vignes de l’époque coloniale, mais on peut dire tout de même que leur régénération décidée ces derniers temps par les quelques vignerons de la région est en bonne voie. En effet, avant que le soleil ne pointe son nez, des cageots remplis de raisin sont là, s’offrant à la vue des premiers passants. Les jeunes vendeurs, parfois étudiants reconvertis, proposent ce fruit entre soixante et soixante-dix dinars. “Je ne suis pas propriétaire, mais je me débrouille quand même. Chaque jour, je me fais un peu d’argent”, nous confie ce jeune étudiant qui tenait dans ses mains un bouquin. Continuant notre chemin vers Tizi Ghennif, on est accueilli par de petits bambins qui à longueur de journée présentent des corbeilles de figues fraîches apparemment cueillies avant l’appel du muezzin à la prière. Salim, Rachid et Moumouh font de cette activité leur petit job de l’été. Ici, ce fruit mielleux qui présente des arabesques causées par la fraîcheur de la nuit, ne se vend pas au kilo mais plutôt par bidon. Les enfants le proposent entre cent cinquante et deux cents dinars les trois à quatre kilos. Le long de tout ce trajet, de part et d’autre de la chaussée, ces petits vendeurs étalent leurs produits. En cette période de vacances, ces jeunes enfants préfèrent plutôt “travailler” avec les émigrés. “Parfois, ces messieurs nous donnent même de petits pourboires. IIs sont vraiment gentils”, lance en notre direction un enfant d’environ douze ans, les yeux bouffis par le manque de sommeil. Entre Tamdikt et Chabet El Ameur, les passants peuvent admirer ces belles figues de barbarie et ces pastèques de la vallée. Pour le melon des Ath Khalfoun, ce n’est pas encore le moment. Il faudra attendre peut-être la fin du mois d’août. Cette accalmie a permis aussi la vente de petits cadeaux-souvenir sur les bords de cette route. “On vend beaucoup plus en été. C’est normal. C’est la saison propice à toutes les occasions. Je suis très content de revoir d’anciens clients que j’ai perdus de vue depuis des années”, nous dit un vendeur d’objets de poterie installé à la sortie du village agricole de Adila. Plus on se dirige vers la ville des Issers relevant de la wilaya de Boumerdès, plus le nombre de ces petits vendeurs occasionnels se fait remarquer. En raison du fort trafic sur ce tronçon menant aussi vers les belles plages de Zemmouri et de Cap Djinet, tout se vend : galettes, œufs durs et autres friandises. Cette animation ne fait que sécuriser cette route en dépit de l’existence de dangers potentiels. Du côté des services de sécurité, deux barrages permanents de garde communaux sont dressés de jour comme de nuit entre la dernière localité relevant de M’kira et Chabet El Ameur, sans oublier bien sûr le barrage fixe de la gendarmerie à l’entrée de la ville des Issers.Si ces petits enfants sont là, c’est parce que la période estivale leur permet de se faire un peu d’argent en vue de couvrir une partie des dépenses à la rentrée scolaire. C’est ce qu’on appelle les petits jobs de l’été. En tout cas, cette route qui était qualifiée de coupe-gorge durant la décennie noire est si animée que l’usager oublie son stress. D’ailleurs, beaucoup la préfèrent pour se rendre à Alger ou vers les villes limitrophes de la région. En attendant le melon de Chabet, les voyageurs de ce tronçon dégusteront volontier tous les autres fruits exposés sur les bords de la RN 68.
Amar Ouramdane
