De Ruzazus la romaine, Azzefoun a gardé, le temps d’un été, quelques ruines, mais également la pauvreté. La région qui a enfanté El Hadj M’hamed El Anka, Boudjemaâ El Ankis… a vécu une même misère, une même marginalisation au fil de l’histoire. Tous les ans, à chaque été, on la ramène à la vie, mais pas suffisamment pour offrir le confort à ses citoyens. Cette ville côtière de l’Algérie, dont la renommée dépasse nos frontières, n’en finit pas de subir les affres de la misère que d’aucuns parmi les plus avertis n’arrivent pas à s’expliquer. Cette daïra qui compte quatre communes et plus de quarante villages enclavés pour une population qui avoisine les 25 000 habitants, n’a pas connu l’essor escompté, malgré tous ses atouts. Sa classification comme station balnéaire, du fait de sa situation géographique, de la splendeur de ses plages et de la beauté féerique de ses paysages, n’a pas pour autant joué en sa faveur. Si les yeux des touristes sont braqués chaque été sur elle, ceux des responsables centraux en sont toujours détournés. Trois lycées, quatre CEM, dix-sept écoles primaires, un secteur sanitaire qui compte cinq centres de santé sans disposer cependant de spécialistes ni de service de chirurgie, un centre culturel, une maison de jeunes et une salle omnisports sous-équipée, constituent les maigres composants de cette région. Une agence bancaire et un bureau de poste s’efforcent de rendre service à une population qui réclame de véritables prestations de services qui vont de l’électrificaiton de l’ensemble des foyers avec la disponibilité à la dotation en alimentation en eau potable (AEP) et assainissement, chose qui relève de nos jours de l’utopie. L’absence d’un développement économique de la région qui a longtemps souffert de l’isolement en a fait une daïra pauvre à telle enseigne que les recettes municipales et autres rentrées fiscales, n’arrivent même pas à couvrir les frais de fonctionnement de la commune qui s’efforce, tant bien que mal de continuer à préparer la saison estivale, seule période de l’année où la ville connaît un semblant d’animation. Une saison estivale qui s’annonce plus pénible d’année en année, en raison du flux sans cesse croissant des estivants, mais qui permet aux habitants dont le taux de chômage avoisine les 60% de revivre le temps d’un été. Assurer le transport scolaire, le ramassage des ordures et autres travaux de réfection des chaussées, de l’éclairage public, des routes ou des édifices relève de la véritable gymnastique pour les élus locaux qui ont entamé leur court mandat avec une dette nous fait-on savoir de trois milliards de centimes. Pour l’heure, le commun des Azzefouniens vit au rythme des projets inachevés et l’ensemble des responsables locaux qui se sont succédé se sont retrouvés dépendant des modestes subventions allouées par l’Etat. D’ailleurs, même les deux milliards de dinars inscrits par la municipalité dans le cadre des PCD, n’auraient jamais été alloués sans l’intervention de M. Mazouz, wali de Tizi Ouzou, avouera le premier magistrat de cette commune à notre confrère, la semaine écoulée, dans ces mêmes colonnes.
Des projets en agonieOn citera, parmi ces projets, les zones d’activités de M’latta, qui ne compte que trois ou quatre unités, nous informe-t-on, actuellement et la zone d’extension touristique qui reste au stade des études avec l’espoir qu’elle puisse voir le jour d’ici 2009, ainsi que la ferme aquacole qui devrait générer plus d’une centaine d’emplois. On citera, également, le port mixte qui aurait dû être opérationnel à 100% en 2004. Tous ces projets auraient insufflé une dynamique à l’économie locale et résoudre un certain nombre de problèmes. Mais, avant d’en arriver à ce stade, il importe le règlement de certains aléas tels que la viabilisation dans son cadre global (alimentation en AEP, assainissement… ), l’établissement d’actes de propriété aux propriétaires de terrains destinés à l’investissement pour encourager les potentiels candidats à l’investissement dans la région. C’est du moins l’avis d’un élu local rencontré lors de notre passage mardi dernier dans cette contrée, qui affirme que l’essor de l’ex-port Gueydon ne doit pas être lié au tourisme exclusivement, quoi que les principales vocations de la région restent le tourisme, l’artisanat et à un degré moindre l’agriculture. Azzefoun, carrefour des artistesEt pourtant, l’histoire de cette région, dont l’existence remonte à l’ère romaine, n’a cessé de susciter l’intérêt des intellectuels et des étudiants qui en ont fait leur sujet de mémoire. En effet, celle qui était appelée Ruzazus du temps du gouverneur romain Decius (plus connu sous le nom de Dequis 248/251), n’était ni plus ni moins qu’un village situé sur la crête de la montagne où une tour de contrôle fut érigée pour surveiller la côte, devenue aujourd’hui la mosquée du village. Les ruines romaines qu’on retrouve à ce jour au village Azzefoun témoignent de la civilisation qui existait déjà à cette époque dans la région. Au début du 18e siècle, l’amiral Gueydon construisait un port qui portera son nom jusqu’à la fin du même siècle où Mercier décrétera la première commune mixte port Gueydon-Azzefoun. Parmi les colons qui y vivaient alors, on comptait 367 familles françaises, 25 familles juives contre une dizaine de familles kabyles. Naissait alors la ville d’Azzefoun qu’on connaît de nos jours. En fait, la misère, la pauvreté des habitants d’Azzefoun remontent déjà à cette époque qui a enregistré l’exode de bon nombre de ses habitants vers Alger, à la faveur du transport de charbon qui s’opérait à partir de l’ex-port Gueydon. C’est dire que le calvaire des citoyens de cette région qui a enfanté tant d’artistes dont El Anka, Boudjemaâ El Ankis, Issiakhem, Fellag, les frères Hilmi, El Hadj Mrizek et la liste est encore longue, est resté pratiquement le même au fil des siècles.
S. K. S.
