La Dépêche de Kabylie : Qui est exactement Ali Irsane ?l Ali Irsane : Ali Irsane, c’est le henni, tuvugharin, folklore, la joie et la fête. Un homme qui rassemble les gens autour des fêtes. Je suis né au village Oumadhen, dans la région d’Azeffoun. J’ai vécu au village jusqu’à l’âge de 15 ans. A l’instar d’autre jeunes, j’ai fui le village pour m’installer dans la capitale. J’ai vécu à Alger près de 15 ans. Dès mon installation dans la capitale, j’ai découvert le monde de l’art. Je fréquentais le TNA, l’Opéra et le milieu artistique. Mon premier album remontre à 1985. Avec celui-là, ça n’a pas marché. Par lar suite j’ai rencontré d’autres personnes pour elles, Mohand Oumoussa, auquel je dis tanemirt au passage. En 1985, je suis allé en France et c’est là que j’ai entamé sérieusement mon parcours de chanteur. En 1987, j’ai signé l’album l’Henni qui contient aussi Damarvouh ouvanoussik, Tala Bamen, etc. Cet album a eu un franc succès qui m’a propulsé et m’a garanti une place sur la scène artistique.
Parlez-nous de votre dernier album ?l Il vient de sortir il y a deux mois à peine. Il contient dix titres ayant trait à la joie, tamazight, l’amour… un album quatre saisons, quoi…
Vous êtes l’un des premiers initiateurs de la chanson“spécial-fête”. Quel est votre sentiment au moment où l’on assiste à une ruée de jeunes pour ce genre de chansons, de nos jours ?l Quand je me suis lancé dans ce style, c’était grâce à Mohand Oumoussa qui m’a composé Achwiq l’henni. Cette idée m’a été donnée par ma grand-mère. C’est un style de chant populaire kabyle que j’ai ressuscité. Le public est satisfait, moi aussi. Je pense que je resterai toujours dans ce style. Dans mes chansons, je fais tout pour respecter les traditions et les mœurs qui caractérisent nos familles. En même temps, je chante la chanson d’amour, je tente aussi de chanter autre chose, tels que l’exil, les problèmes sociaux, etc. Pour la nouvelle génération qui chante dans ce style, je dirais que c’est bien. Comme je l’ai dis dans plusieurs émissions, nos montagnes sont riches de talents et de vocations. Il ne faut pas se remuer et tourner en rang par des reprises. Il faut des recherches pour innover et avancer. La concurrence est une bonne chose, à condition quelle soit loyale. C’est au public de juger. Je ne peux pas dire quoi que ce soit, mais tout au fond, grâce à l’arrivée de certains jeunes chanteurs du style fête, il y a eu barrage contre le raï qui a envahi la Kabylie ces dernières années. Je ne suis pas contre le raï, j’aime bien les chanteurs de ce style, à l’exemple de Khaled et Mami, mais à un moment donné, la chanson kabyle était sérieusement menacée.
D’autres chanteurs chantent des chansons qui ne leur appartiennent pas, sans vouloir déclarer ce fait. Par contre, vous, vous assumez bien le fait que ce sont d’autres qui vous composent vos œuvres ?l Nous n’avons pas le droit de mentir au public. Je ne joue pas du mandole, je l’ai dit. Je ne compose pas de textes, je l’ai dit aussi. Il y a Mohand Oumoussa, Madjid Boukrif, Bouchiba, Boudjemaâ Agraw et Dahman Bélaïd qui composent mes chansons. Il n’y a pas de honte à le dire et l’assumer, au contraire. Cela nous fait défaut. Il faudrait que ces paroles, musiques, réalisations, ventes soient faites par la même personne. Je pense que c’est faux, car il y a des spécialistes et des gens doués pour chaque domaine. Et chacun doit se consacrer à la vocation pour laquelle il est doué.
Quel constat pouvez-vous nous donner au sujet de la chanson kabyle aujourd’hui?l Le monde a beaucoup évolué. Avant, lorsqu’on nous invitait à des fêtes dans les villages, les gens étaient impatients de nous voir, s’intéressaient à nos tenues, à nos gestes, etc. Ces derniers temps, c’est l’indifférence. Je ne sais pas pourquoi, peut-être est-ce dû aux évènements vécus. Peut-être que la nouvelle génération a beaucoup changé. Lorsque j’étais enfant, j’ai attendu toute la journée pour voir Aït Menguellet sur scène. C’était l’émotion et la joie de le voir devant moi. En le saluant, je tremblais alors que j’avais à peine 16 ans. Il m’avait déclaré en me prenant par l’épaule : “Soit tu es chanteur ou tu deviendras chanteur”. Ces dernières années, la société a changé et je ne saurais comment expliquer cela.Est-il vrai que vous êtes devenu un sapeur-pompier ?l Effectivement. Avant, je ne vivais que de ma profession d’artiste. J’animais les fêtes et je produisait des albums. Ces derniers temps, il y a eu baisse d’activité sur le terrain. En même temps, je pensais à l’avenir. J’avais fait des stages de pompier, sécurité incendie en France. Je rendais les gens heureux, s’il y avait incendie ou noyade, j’intervenais. Je pensais que c’était bien. J’étais et je reste disponible pour venir au secours des gens pour les soustraire à leur angoisse, du feu ou de l’eau. Comme je l’ai déclaré sur BRTV, je suis un homme dont le niveau d’instruction reste limité. Le profond regret que je garde dans mon esprit est le fait d’avoir échoué dans mes études. Je suis issu d’une famille démunie. J’étais contraint de me déplacer dans un autre village où je résidais chez ma tante pour poursuivre ma scolarité. Malgré mon assez faible niveau, j’ai pu réussir mon stage, j’espère que je sauverai beaucoup de gens… (éclats de rire).
Avez-vous au programme des fêtes et des galas à animer durant l’été ?l J’ai Boumerdès, Capritour, Zéralda, etc. en plus des fêtes de famille.
Et en France ?l De même. J’irai à Marseille, Lyon, Bruxelles. Je travaille avec des associations, des managements et BRTV. Je travaille bien, Dieu merci.
Pour conclure, quel est le message pour votre public ?l Je dirais que les gens et les personnes qui m’ont connu depuis mon arrivée sur scène sont devenus des hommes et des femmes avec leurs enfants et leurs familles. Je remercie le public qui m’a donné le courage et la promotion pour arriver à ce que je suis actuellement. Si je pouvais, je me présenterai à la porte de chacun d’eux pour les remercier et les récompenser. C’est grâce à eux que je vis, que j’ai trouvé mon bonheur. Je souhaite le retour de la paix en Kabylie et dans toute l’Algérie. Je souhaite le retour des jours d’antan et le retour à la belle vie d’autrefois. Je salue tous ceux qui m’aiment, ma famille, la JSK qui est ma seconde famille et tous ceux qui l’aiment. Tanemirt.
Entretien réalisé par Mourad Hammami
