La Fête du tapis des Aït Hichem a été, une fois de plus, l’occasion de montrer le génie de ces artistes qui, dans l’anonymat le plus total, offrent à nos regards émerveillés de belles œuvres d’art. Tapis de Kabylie, du Mzab, des Hauts-Plateaux : tapis berbère qui nous vient des temps immémoriaux, avec ses différentes formes, ses couleurs et surtout son symbolisme, lui, invariable, dans le temps et l’espace ! Losanges, traits verticaux, traits ondulés, symboles géométriques si caractéristiques de l’art berbère, de la poterie au tapis, en passant par le bijou… et les peintures rupestres de la préhistoire ! Oui, le symbolisme du tapis remonte à ces périodes lointaines et s’est perpétué, de génération en génération pour nous parvenir, presque intact ! C’est un véritable langage que ces petites figures géométriques véhiculent et que les femmes, jusqu’à une époque récente utilisaient pour communiquer entre elles : la tisseuse qui voulait passer un message, joie ou tristesse, complainte ou cri d’espoir, le faisait à travers un tissage qu’elle envoyait à sa ‘’correspondante ». Mais ce langage, fait de signes géométriques, combien de personnes sont encore capables de le déchiffrer aujourd’hui ? Combien de tisseurs restent-ils pour perpétuer cet art qui, il faut le dire, est, comme tous les arts populaires, en plein déclin ? Le tapis algérien se vend mal et ceux qui le produisent sont confrontés à toutes sortes de difficultés : si les pouvoirs publics n’interviennent pas pour lui donner un coup de main, cette activité artisanale est menacée de disparition. Et avec elle, un pan de notre culture et de notre mémoire.
S. Aït Larba
