Changement et pérennité

Tout change, et les mariages kabyles, comme tout le reste, connaissent de profondes mutations : les D. J. ont tendance a remplacer le chœur des femmes, plus personne ne régale ses convives de beignets et les tenues vestimentaires aux couleurs chatoyantes ont été troquées contre des robes de soirée aux décolletés de plus en plus osés ! C’est le progrès… Mais dans ces fêtes de mariage, il y a une cérémonie qui reste et qui rappelle à tout le monde les symboles qui se rattachent au mariage : la pose du henné, tuqnna n lehni ou, selon une expression encore plus vieille, azenzi n lhenni, avec chants rituels… Qu’il s’agisse de la fille ou du garçon qui se marie, la tradition veut que la veille de la noce, une femme de la famille, de préférence une vieille grand-mère ou une vieille tante, mais des femmes plus jeunes peuvent s’acquitter de la tâche, préparent la pâte de henné et en oignent la main du marié. Il y a tout un rituel dans la préparation : on allume des cierges, on récite des formules pour bénir l’union et écarter le mauvais œil… La vertu principale de cette plante tinctoriale dont l’usage, chez les Berbères remonte à la nuit des temps, est de protéger l’individu contre les influences malignes, de former une sorte de rempart entre le mal et le corps enduit de henné. C’est à cette protection qu’appellent les beaux chants kabyles, encore conservés. La pose du henné ou la nuit du henné, c’est aussi l’occasion pour les convives d’exprimer leur générosité en faisant des dons en argent au marié : une façon de contribuer aux frais de la fête !

S. Aït Larba