Un calvaire au quotidien

Pour expliquer la rupture de l’alimentation en eau potable des villes et villages de la commune de M’chedallah, les gestionnaires de ce secteur avancent la thèse de la réduction du débit de la Source noire qu’ils expliquent par une baisse du niveau de la nappe d’où jaillit cette source qui faisait tourner des turbines de la centrale électrique d’Illithen depuis 1927 et depuis, cette usine alimente la région de M’chedallah en énergie électrique. Cette nappe assure même l’irrigation de la vallée allant d’Ighrem jusqu’à Chorfa, soit des milliers d’hectares jusqu’aux années 70. Faute d’entretien, le système de canalisation s’est complètement détérioré et le débit, sous forme de fleuve, se déverse dans les ruisseaux Assif Assemadh pour rejoindre plus bas l’oued Sahel et se mélanger aux réseaux d’assainissement ; tout ceci pour souligner le phénoménal débit de la source et l’importance de sa nappe qui s’apparente à une mer souterraine qui n’a jamais connu de baisse de niveau de mémoire des riverains, pour arriver à dire que la thèse ou l’argument avancé par les gestionnaires ne tient pas la route. La cause est à chercher du côté d’un travail bâclé lors de la réalisation du réseau d’adjonction qui revêt à l’heure actuelle la forme d’une passoire qui prend… eau de toutes parts comme en témoignent les ravins copieusement aspergés le long de ce réseau qui n’a pas encore bouclé ses 10 ans de mise en service. Prenons comme exemple le réseau qui alimente le village Ath Yaklef et le Faubourg Ath Lambarekh ; la conduite, qui emprunte un itinéraire composé de descentes à plus de 130°, est dotée de soupapes placées à intervalles réguliers d’environ 300 mètres, ces soupapes tout comme celles des moteurs à propulsion, sont conçues pour laisser échapper le surplus de pression d’air produit par une gravitation assez importante, elles sont équipées d’un système d’ouverture manuelle qui se fait grâce à la vanne qui termine l’installation, le tout protégé par des cavités ou regards en béton armé terminés par un couvercle lourd qui empêche l’accès des enfants à l’intérieur de ces regards ; les couvercles ont disparu, les vannes cassées et la prise d’air se produit tous les deux jours, l’eau se retrouve refoulée par la compression de l’air à l’intérieur de la tuyauterie et c’est la seule et unique raison qui laisse ce village sur sa soif. Tous les deux jours, une équipe arrive de M’chedallah pour évacuer la prise d’air et libérer de nouveau l’eau ; tant que l’équipe n’intervient pas, ces agglomérations se retrouvent avec des robinets secs. A noter que cette prise d’air, source de malheur de ces deux villages, se produit toujours au même et unique endroit au village Aggache. Rappelons que ce projet d’envergure sectoriel a consommé le double de l’enveloppe nécessaire sans que la soif de la population soit étanchée. Déterrer le dossier de ce projet depuis ses débuts donnerait le tournis à plus d’un, tellement il regorge de surprises.

Omar Soualah