Subissant de plein fouet les contrecoups de la crise multidimentionnelle que traverse douloureusement le pays, l’enseignant algérien en pâtit, et constitue, à son corps défendant, le souffre-douleur d’un système pourtant tant décrié. Souvent mal formé de tout temps sous-payé, il assiste impuissant à l’évaporation de son prestige d’antan et à la dévalorisation inquiétante de sa fonction !L’école qui constituait pourtant, au lendemain de l’indépendance, une véritable alternative, est complètement dévoyée aujourd’hui, et le praticien, acculé de toutes parts, est assimilé à un simple fonctionnaire stérile et bureaucratique, système oblige ! Pris aussi dans les serres du fonctionnariat, il n’arrive toujours pas à sortir de l’ornière et concilie très mal son activité pédagogique et sa vie privée faite de morosité de déceptions continues et de l’indifférence officielle. Il n’arrive toujours pas à joindre les deux bouts. Certains enseignants, poussés par les impératifs familiaux et la conjoncture socio-écomonique actuelle, sont contraints d’exercer une activité parallèle : commerce, élevage, transport public, maçonnerie…Emporté aussi dans les tourbillons des mutations sociales, politiques et économiques sans cesse renouvelés, son statut se fragilise davantage ! Les plus tenaces se retrouvant, paradoxalement, propulsés au devant de l’actualité. Les autres tiennent difficilement l’équilibre sur un terrain miné ! Le reste, faute d’une meilleure adaptation à un monde en pleine mutation, brandit déséspérement les archaïsmes moyenâgeux et prend en otage l’école avec la bénédiction des décideurs préoccupés par des calculs mesquins. En apparence, le statu quo actuel arrange bien du monde ! L’école fait les frais des compromissions assassines et s’enfonce ainsi dans la grisaille polotico-idéologique prônée officiellement, aux conséquences dramatiques sur plusieurs générations. Que peut faire alors un simple enseignant dans cet échiquier complexe si ce n’est se résigner ?Certes, l’école, à elle seule, ne peut panser toutes les plaies béantes de la société, encore moins masquer tous les errements d’un système voué aux gémonies, mais elle joue quand même un rôle déterminant !Ainsi, la boucle semble bouclée et le processus de sa déstabilisation se met irrémédiablement en branle pour devoyer le rôle de l’enseignant et altérer la spécificité de l’école. Il convient donc d’œuvrer à les libérer afin de sauver les meubles ou ce qui en reste.
Achiou Lahlou
