Cap sur la 6e Fête de la figue

Béjaïa, direction nord-ouest, à 80 bornes de la capitale des Hammadites se trouve Beni Maouche, une commune nichée sur le flanc de la prestigieuse montagne Achtoug qui culmine à plus de 300 mètres d’altitude. Après deux heures de trajet sur une route sinueuse qui serpente en amont et en aval à travers les collines, apparaît Trouna, un des 26 villages que compte la commune et qui est le chef-lieu. Le tumulte qui y règne en cette matinée de lundi indique qu’un événement extraordinaire s’y déroule. C’est en effet le premier jour de la 6ème Fête de la figue. Pour arriver sur les lieux de l’événement largement annoncé par affichage, il suffit de suivre une véritable procession humaine qui converge comme attirée par un aimant vers les stands qui apparaissent au loin tels des corons propres au pays miniers. Sur place la surprise est de taille tant le plaisir des yeux est incommensurable. Le regard est immédiatement capté par un spectacle ahurissant riche en couleurs, parfum et…plaisir gourmand. Construits en bois, couverts de broussailles, ornés de roseaux et à la clef quelques objets traditionnels, les stands donnent l’air de véritables greniers soigneusement conservés. On y trouve une panoplie de produits agricoles du terroir, fraîchement cueillis ou sortis de terre par des paysans qui les exhibent fièrement. Des raisins écarlates, des grenades juteuses, une huile d’olive limpide, des mûres flamboyantes, du miel succulent et bien sûr la reine de la fête : la majestueuse figue de Beni Maouche, objet de toutes les convoitises. Comme il est indiqué sur une banderole suspendue à l’entrée de la foire « La figue de Beni Maouche est un label authentique ». Sa notoriété, elle la tient de ses milliers de figuiers séculaires soigneusement entretenus et travaillés avec amour et beaucoup de passion. Les producteurs de ce fruit ne lésinent guère sur les moyens pour protéger les arbres et les fructifier afin d’avoir une figue de qualité franchement supérieure. Nous nous sommes délectés quatre heures durant de ce plaisir offerts par les exposants avant de nous rapprocher du stand de la Sarl Amfigal (Ait Maouche Figue Algérie) pour goûter à quelques plats et gâteaux traditionnels soigneusement concoctés par des mains ingénieuses et offerts par Youcef Chaouche, un jeune agriculteur dynamique. Après le repas de midi, les convives sont invités à une virée sur les sites pittoresques et archéologiques dont la région peut se vanter. De la mythique Tadart Oufella, à la Colline oubliée, en passant par le canyon de El Djabia et la cascade d’eau douce qui se jette dans l’Oued Boussellam, on peut dire que nous avons fait un voyage dans le temps où tout semble beau, naturel et simple. Au deuxième jour de cette fête, les présents avaient rendez-vous, en plus de l’exposition qui continue, au niveau des stands, avec des conférences animées par des techniciens de l’ITAF autour de la protection de la figue et des techniques de production qui peuvent aider les paysans à augmenter la quantité en préservant sa qualité et des services vétérinaires de Béjaïa sur la fièvre catarrhale communément appelée blue tongue. Néanmoins les questions des présents à la salle des fêtes de l’APC tournaient autour de l’aide de l’Etat aux agriculteurs pour les sortir un tant soit peu du marasme engendré par le manque de moyens. C’est avec les préoccupations des paysans de Beni Maouche que nous avons quitté cette localité qui a donné 1014 de ses enfants pour l’indépendance de ce pays et compte vraiment sortir de son marasme économique grâce à…la figue. Si, N’Gaoues est connu par son abricot, Beni Maouche, le sera par sa figue. A bon entendeur…

A. M. Arezki