Le 20 avril et nous

Voilà vingt-cinq ans, un vingt avril, à 4 h 15, à Tizi Ouzou, les forces de sécurité envahissent la cité universitaire et procèdent à l’arrestation des militants du mouvement berbère, étudiants et enseignants. C’est l’opération Mizrana. Le même jour, on assiste à une intervention musclée à l’usine Sonelec de Oued Aissi et à l’hôpital Nedir où des médecins sont arrêtés. Les évènements de ce que l’on appelle depuis le « printemps » berbère », tafsut imazighen, ont commencé quelques jours plutôt que Mouloud Mammeri a été empêché de faire une conférence sur la poésie kabyle ancienne. En fait, c’est la goutte qui a fait déborder le vase, la Kabylie ne pouvant plus supporter la répression dont sa langue et sa culture ont été longtemps l’objet, est sortie dans la rue. Et les manifestations ont succédés, aux manifestations, atteignant Alger, où la langue et la culture berbères sont également revendiquées. Vingt-cinq ans après, on se rappelle toujours les journées héroïques de ce printemps, fondamentales pour l’éclosion de la démocratie en Algérie. Vingt-cinq ans, c’est aussi le long chemin parcouru par la revendication culturelle et linguistique berbère, chemin traversé par des échecs, des déceptions mais aussi des victoires. On citera l’introduction du berbère dans le système d’enseignement, d’abord à l’université puis à l’école, l’introduction à la télévision et, le plus grand acquis symbolique, la consécration comme langue nationale. Une première au Maghreb, voire dans le monde arabe où le monolithisme linguistique est de rigueur. Le chemin est désormais balisé. D’autres avrils apporteront d’autres victoires !

S. Aït Larba