Peindre la beauté et le rêve

Lorsque l’on habite un patelin perdu où les rêves du bel âge se cognent perpétuellement aux règles morbides et hégémoniques d’une société gérontocratique, il ne reste alors que l’expression artistique, pour ceux qui peuvent se le permettre, pour éviter de sombrer dans la dépravation. Fouad Ougour, ce jeune homme de 23 ans d’Ighil Ali, est justement de ceux-là dont l’art est une sorte d’antidote à l’oisiveté, le chômage et son lot quotidien, la monotonie. Dans son univers, la vie est encore belle malgré tout. Il passe le plus important de son temps, enfermé dans sa petite chambre, voguant sans retenue dans le monde illimité et fascinant de la peinture, sur fond de musique classique, à croquer à l’aide de ses pinceaux des dessins et des tableaux pour exprimer ses pensées et ses rêves de jeunesse et survivre au chagrin et au mal d’amour. A voir les œuvres de ce jeune artiste, on comprendrait aisément pourquoi les plus belles roses poussent sur fumier. Dès se tendre enfance, Fouad était déjà doué pour le dessin. Il commença par imiter les dessins des personnages de dessins animés qu’il voyait à la télévision. Dessiner se manifestait en lui comme une sorte de tic. Ses maîtres d’école lui recommandaient des dessins qu’ils accrochaient sur les murs des salles de classes. « Cela mes rendait fier et j’aimais quand mes camarades de classe me félicitaient pour mes dessins que je faisais au stylo à bille ou bien au crayon », se souvient-il. Les années passent. Éjecté de l’école, Fouad se consacre entièrement à l’art et devient incontournable dans son village. Les jeunes amoureux le sollicitent pour faire le portrait de leurs bien-aimées, les commerçants pour l’écriture et la décoration des enseignes de leurs boutiques, etc… L’autodidacte s’inscrit alors aux cours de l’Ecole des beaux-arts en 2000, mais à cause de l’absence des moyens financiers, il finit par jeter l’éponge. Plus tard, il bénéficie d’une formation à la société des Beaux-Arts d’Alger. S’ensuivront plusieurs expositions un peu partout. En août 2004, il participe au Festival national des arts plastiques à Skikda. Aujourd’hui, ce grand admirateur de Salvador Dali et de Léonard de Vinci voit son rêve grandir si bien de déborder les limites de ses capacités. Il le signifie clairement : « Mon but est de faire connaître, vaille que vaille, mes œuvres à travers la planète ».

K. Kherbouche