L’ambiance à Tizi-ville confirme la pleine adhésion de la population, dès ce premier jour de jeûne, au nouveau mode de fonctionnement. Les rues grouillent de monde dès les premières heures de la journée, s’affairant à faire les emplettes pour la circonstance. Plusieurs commerces de fortune sont improvisés en procédant à des étalages de marchandises de tous genres, tout le long des ruelles à forte concentration de passants, cédant les produits à des prix moins chers qu’ailleurs. Cela ne fait guère l’affaire des habituels commerçants dont les devantures des magasins sont carrément bloquées empêchant tout accès des clients. D’interminables chaînes sont remarquées au niveau des boulangeries et pâtisseries, alors que les magasins de zalabia sont pris d’assaut, par les pères et mères de famille. Au centre-ville de Tizi Ouzou, il est quasiment impossible de se frayer un chemin tant l’exiguïté des trottoirs ne fait pas de juste équation avec l’afflux humain. La circulation automobile aussi se fait très difficilement, les encombrements et les bouchons sont une sérieuse contrainte pour les usagers qui mettent plus d’une heure de temps de la Nouvelle-Ville au centre-ville, sur une distance de seulement 2 km. L’unique marché de fruits et légumes du centre-ville (marché couvert) ne suffit pas à la demande en ce mois de carême. Les pères de famille se rendent à celui de la Nouvelle-Ville, situé dans un quartier (cité) populaire, ou carrément faire le déplacement au marché de Draâ Ben Khedda situé à 11 km du chef-lieu. En ce premier jour, c’est la ruée vers l’or, la première observation qui frappe le regard, n’est autre que cet envahissement des points de vente de produits alimentaires et confiseries, à croire que les gens ont été pris au dépourvu par le rendez-vous et la programmation de ce mois de jeûne. Certains pères de famille approchés déplorent les prix exorbitants des fruits et légumes et justifient la panique qui les prend dans les diverses dépenses de ce mois, par le fait qu’ils viennent de sortir des dépenses des fêtes d’été et de la rentrée scolaire, ce qui a quelque part ruiné les budgets des familles. Un phénomène tout de même qui se remarque en traversant en amont ou en aval la ville de Tizi, est cette multiplication de femmes et d’hommes, qui demandent l’aumône, à la limite du harcèlements des passants à leur passage. C’est dire que ce mois de Ramadhan, comme tous ceux passés et à venir, livre des secrets profonds de la société. Ça démarre de ceux qui l’accueillent dans l’opulence et l’aisance, jusqu’à l’écrasante majorité, qui en dehors de la foi, l’appréhendent sérieusement car il est source d’appauvrissement. Si pour certains cette période de l’année a son côté festif, ce n’est guère le cas des petites bourses, chez qui l’angoisse est grandissante. En tout cas, Tizi est très vite entré dans l’ambiance générale en dépit des aléas liés au pouvoir d’achat, à la sensibilité des caractères tant la colère est à fleur de peau.
Khaled Zahem
