Alors que débutera demain, jeudi, à Bucarest, capitale de la Roumanie, le sommet de l’Organisation Internationale de la Francophonie, l’Algérie qui, en 2002 avait été conviée au 09ème sommet de Beyrouth par le président libanais Emile Lahoud, ne semble plus s’intéresser à l’adhésion de cette organisation bi-annuelle. Actuellement, 53 pays et 10 Etats observateurs forment la composante de cette Organisation. Ce sommet est présidé, depuis 2002, par Abdou Diouf, ex-président du Sénégal, lequel a succédé à Boutros Ghali. Parlé officiellement par 200 millions de personnes, mais par 110 millions quotidiennement, le français est classé au deuxième rang mondial. Cependant, même si sur les 30 pays qui ont institutionnalisé la langue française, seulement 15 pays d’Afrique l’on érigé en langue nationale, ce n’est pas le cas de l’Algérie. En effet, notre pays en matière de parler francophone se positionne juste après les descendants de l’antique Gaule et bien avant les Cajuns, expulsés du Canada vers la Louisiane, ce qui aurait pu nous faire figurer parmi les fines fleurs des pays francophones. Pourtant même avec ce riche « butin de guerre » qu’est la langue de Molière, de multiples oppositions avaient été formulées par les détenteurs de l’arabité qui contestaient la démarche visant l’adhésion de l’Algérie à cette organisation, une adhésion somme toute banale pour un sommet virtuel visant à contrecarrer les ambitions anglo-saxonnes aussi bien sur le plan économique, culturel qu’éducatif. On se souvient du prestigieux discours du Président Bouteflika qui avait, lors du sommet de Beyrouth, fait les offices élogieux de la langue française. De ce discours entièrement original, la participation de l’Algérie au 10ème sommet de la Francophonie à Ouagadougou ne pouvait être qu’une promesse d’adhésion. mais c’était sans compter sur le malaise suscité par la loi du 24 février 2005 et de « la positivité et les bienfaits de la colonisation ». Mais bien avant cette loi, et comme pour mieux préparer le terrain, une stèle inaugurée dans une ville française avait provoquée une polémique entre les deux rives de la Méditerranéen. Depuis la promulgation de cette loi « bienfaitrice », la tension est remontée d’un cran entre les gouvernements Algérien et Français. En effet, en considérant la langue de Molière comme héritage naturel de l’occupation française sur le sol algérien durant 132 années, on peut aisément croire que ce legs est un bienfait, linguistiquement parlant, mais cela ne suffit pas à faire oublier plus d’un siècle de répression sanglante, de viols, de rapine, de pillages, d’incendies de villages entiers, et autres carnages commis au nom de la civilisation conquérante. Si les Français ont permis aux indigènes que nous étions à leurs yeux d’apprendre leur langue, ce n’était pas dans un souci de civilisation ni d’inculquer une quelconque technologie qu’ils ne maîtrisaient d’ailleurs pas encore. Le but était simple : il fallait se faire comprendre par les conquérants qui recherchaient à exploiter de pauvres paysans. Pourtant, au fil du temps est jée une génération d’érudits, ils n’étaient pas nombreux, certes, mais des Algériens ont réussi l’exploit d’enseigner la langue française aux français. C’est le cas de Mouloud Ferraoun. Un complexe que digère mal, à l’heure actuelle certains académiciens, et pour cause : depuis le temps, d’autres figures ont su s’imposer sur le devant de la scène linguistique française et récemment encore Assia Djebbar s’est illustrée parmi les grands noms de la littérature hexagonale. Même si la Kabylie est réputée une région maîtrisant plutôt bien les caractéristiques linguistiques constituant la langue française, d’autres régions de l’Algérie ne sont pas en marge. L’Oranie excelle également dans cette maîtrise. L’administration algérienne dans sa majeure partie et même les services de l’ANP utilisent fréquemment le français pour rédiger des notes internes et autres circulaires. Devant cet immense potentiel culturel et linguistique, on se demande pourquoi l’Algérie ne s’inscrit toujours pas comme adhérente à l’OIF ? Mais en attendant que la Suisse, pays voisins de la France y adhère, nos dirigeants auront largement le temps de penser à une éventuelle adhésion au Commonwealth.
Hafidh B
