Vous ne rencontrerez pas à Adekar un seul citoyen qui ne vous exprime sa peine de voir une aussi belle région laissée à la traîne du développement. Située à quelque 900 kilomètres d’altitude, en plein cœur d’un massif forestier généreux, traversée par la RN 12, la daïra Adekar, son chef-lieu notamment, mérite plus de considération.
“Nos équipes de football partent en Tunisie et ailleurs, au prix fort pour effectuer des stages d’entraînement, alors que notre pays dispose de régions comme Adekar où il suffit de construire les infrastructures nécessaires pour les voir fréquenter à longueur d’année, même par des équipes étrangères !”, nous déclare à ce sujet, M. Amaouche, l’entraîneur de l’équipe sidi-aichoise, SSSA qui a effectué un séjour dans cette région avec son équipe. Adekar possède tous les atouts pour sortir de l’ornière du sous-développement dans lequel elle se débat depuis l’Indépendance. Mais allez comprendre ce qui a grippé la machine pour que le sous-développement lui colle ainsi comme une seconde peau. “C’est la faute aux responsables”, “les subventions de l’Etat sont insuffisantes”, “la daïra est pauvre, ce n’est ni Sidi Aïch ni Tazmalt”… Ces réponses et d’autres qui circulent parmi la population touchent certainement le fond du problème car ce sous-développement récurrent n’est finalement pas une fatalité. Ce serait quand-même idiot de penser comme certains, ceux notamment qui vouent aux saints un culte, que la faute revient à ses Ssellahs (saints) “Avthent Ssellah is”, soutiennent-ils, le comble, c’est qu’ils y croient !
“Mis à part le transport qui existe vers Béjaïa et Tizi Ouzou, il n’y a rien de notable. Et même dans ce domaine, on est coupé de Sidi Aïch, aucune desserte n’existe vers cette ville”, nous déclare Djamel, un citoyen désabusé. “Dans toute la daïra, il n’existe aucune librairie qui vend des journaux au chef-lieu, il n’y a ni cybercafé ni un autre espace de distraction…”, renchérit M. L’hadi, enseignant de tamazight au CEM Taourirt-Ighil. “Nous voulons un marché digne de ce nom, des superettes où nous pourrons faire nos emplettes à des prix raisonnables…”, dit un père de famille excédé par les prix pratiqués par les marchands de la région, les griefs pleuvent de partout et touchent à tous les domaines. Certains militants du personnel politique de la région voient encore plus loin. Pour un réel développement de la région et la résorption du chômage, il est nécessaire, disent-ils, de construire des usines pour la transformation du chêne-liège, un sanatorium, revaloriser le secteur agricole et le tourisme de montagne et de chasse….
Les propositions de développement chez les partis politiques de la région, ce n’est pas ce qui manque, mais elles butent sur la réalité du terrain. Toute la population d’Adekar espère voir dans un avenir proche, leur région ressembler aux autres daïras pour en finir avec ce sentiment d’être laissée à l’abandon depuis l’Indépendance.
Boualem B.
