Pas vain, le sacrifice

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On comprend aisément l’amertume, la tristesse et les interrogations charriées par le dernier attentat terroriste commis en Kabylie et qui a coûté la vie au président de l’Assemblée populaire de wilaya de Tizi Ouzou. Les citoyens ne comprennent pas la sauvagerie et la témérité des groupes de criminels activant sur le territoire de la Kabylie, groupes donnés pourtant pour agonisants après les derniers ratissages de l’ANP dans la région.

Cela peut être la réaction de la bête blessée emportant dans son sillage des dizaines de citoyens innocents. Mais l’opinion reste surtout comme assommée par cette dégradation de la situation sécuritaire circonscrivant sa ligne de feu autour des wilayas de Boumerdès et Tizi Ouzou après le spectaculaire attentat d’El Kseur, dans la wilaya de Béjaïa, il y a quelques mois. Cela se passe au moment où des organes de presse étrangers soulignent le caractère ‘’pacifique’’ du Ramadhan de cette année en Algérie, habitués qu’ils sont à rapporter en grandes manchettes les massacres collectifs des populations au milieu des années 90.

Depuis la fin août 2006, la Kabylie fait l’objet d’intenses opérations anti-terroristes de l’ANP concentrant ses forces sur les massifs montagneux de Boumahni, Tikjda, Sidi Ali Bounab et Tizi n’Kouilal. Les impératifs pratiques de l’évolution des troupes terrestres, faisant jonction avec les opérations aériennes, avaient contraint les autorités militaires à fermer même certains axes routiers à la circulation à l’exemple de la RN 25 reliant Draâ El Mizan à Tizi Ouzou. Paradoxalement, au même moment, un entrepreneur fut kidnappé sur ce même tronçon de route. Au vu de la dégradation de la situation sécuritaire générale dans la région- avec la montée en flèche du banditisme, des réseaux de trafiquants de drogue et de la petite criminalité-, il y a lieu de se poser la question de savoir si la jonction avec les groupes terroristes- eux aussi en perte de repères suite à la mise en application de la Charte pour la réconciliation et aux coup de boutoirs venant des services de sécurité- est si parfaite qu’un brouillage de cartes s’est réalisé à la suite de l’arrivée de nouvelles recrues inconnues au bataillon.

Ayant affaire, dans ce cas, à des personnes non recherchées, les services de sécurité n’ont pas la tâche facile. Cette analyse peut tenir la route pour ce qui est des actes terroristes ‘’lucratifs’’, c’est-à-dire destinés à ramasser des fonds ou du matériel. Mais, l’assassinat du premier élu de Tizi Ouzou porte une singulière signification politique qui ne peut se réduire à une banale ‘’transaction mercantile’’. L’avenir nous révélera sans doute les dessous de l’affaire. Cependant, une chose demeure certaine : la déstabilisation de la Kabylie, quelle que soit l’ ‘’officine’’ qui a commandité le crime, est l’objectif suprême de ce forfait. Ici, le “quelle que soit’’ n’a nullement valeur de “Qui tue qui’’ puisque la mouvance qui a juré la perte de l’Algérie historique et républicaine redouble aujourd’hui de férocité pour s’attaquer à la citadelle la plus irréductible ; celle qui, depuis Igoujdal, a opposé une farouche résistance à l’islamisme armé. Il est vrai que les luttes démocratiques ont commencé à s’émousser ces dernières années en Kabylie au profit de guéguerres intestines donnant l’occasion à l’idéologie intégriste d’ouvrir des brèches dans l’édifice.

La multiplication de certains accoutrements excentriques et autres comportements hérétiques dans certains villages de Kabylie, y compris dans les mosquées et dans les cérémonies funèbres, n’est pas faite pour rassurer sur l’avenir culturel, idéologique et politique de la région. Cependant, un sursaut démocratique est toujours possible d’autant plus que toutes les prédispositions sociales et culturelles de la Kabylie nous y invitent. C’est à ce prix là que le sacrifice de Rabah Aïssat et de tous les démocrates morts pour ce pays peut ne pas paraître vain.

Amar Naït Messaoud

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