(1re partie)
Amachahou rebbi ats iselhou. Ats ighzif anechth ousarou. (Ecoutez, que je vous conte une histoire, Dieu fasse qu’elle soit belle, longue et se déroule comme un long fil). Les enfants de riches ont des lubies, mais la lubie de ce jeune homme, fils de riche, dépasse l’entendement. Voyez vous-mêmes en lisant ce conte du terroir. Trop gâter un enfant dès sa naissance ne peut que lui nuire à l’adolescence, voire à l’âge adulte. A l’âge où tous les jeunes se marient, le jeune homme objet de cette histoire, veut bien le faire, mais avec une fille hors du commun. Il veut, pour se démarquer de tous les autres, une fille d’une grande beauté, à la chevelure très longue et noire de jais. Mais cet oiseau rare est difficile à trouver. Un jour, en allant faire boire son destrier « d’i thala » (à la source), le jeune homme remarque dans l’onde pure, un cheveu très noir d’une très grande longueur. Il s’en saisit, le contemple, et siffle d’admiration. Il l’enroule autour d’une bûchette et le glisse « D’i thekhrit’ is », )dans sa bourse). De retour à la maison, il demande à ses parents de faire défiler devant ses yeux, toutes les filles à marier des environs. Pour ne pas le contrarier, ils font ce qu’il leur dit. Mais aucune fille ne correspond par sa chevelure, au cheveu trouvé dans la source. Déçu, il déclare à ses parents, en leur montrant le cheveu très long : « Tsaqchichthe M châr am ouagi i ughigh i nekini g oulagh assagi » (C’est la fille qui possède ce genre de cheveu, que je veux épouser ! Je le jure aujourd’hui !). Ce jour-là, sa sœur Silia avait pris un bain et se peignait les cheveux. D’habitude, elle les cache sous un foulard de soie, (amendil aouragh). En voyant son frère rentrer à l’improviste, Silia s’enferme dans sa chambre, et laisse tomber son peigne dans la précipitation. Le jeune homme le ramasse, et grande fut sa surprise, lorsqu’il y voit accroché, deux longs cheveux ! Il se saisit de celui qu’il porte sur lui, le compare aux deux autres, et faillit tomber à la renverse. Le cheveu de sa sœur Silia est identique, à celui trouvé dans la source. Il a juré d’épouser la propriétaire du cheveu, et il s’avère que c’est sa sœur. Que faire ?Ne voulant pas être parjure, il décide d’être fidèle à son serment. Bien que c’est sa sœur, il veut l’épouser, malgré l’interdit qui frappe ce genre d’union. Il veut prendre ses parents de court. Il leur demande de préparer ses épousailles, sans leur dévoiler le nom de sa dulcinée. Craignant ses réactions d’enfant gâté, ni sa mère, ni son père ne veulent le contrarier. Silia, ignorant tout des projets incestueux de son frère, met la main à la pâte. En allant au poulailler donner des grains aux poules, elle ne peut s’empêcher de dire à haute voix : « Ouissem anta ig vgha g’maOuissem anta tha ! »Des poules qui comprenaient le langage humain, il s’en trouve une qui lui dit : « Arnou yi-d ird’en a Silia Am-d inigh anta ig vgha »(Rajoute moi du blé, je vais te dire qui c’est) – Silia, curieuse, lui rajoute des graines. La poule lui dit alors : « D’ k’em ig ugh a Silia !- Our-kem ouminah ara ! Je ne te crois pas ! C’est impossible ce que tu me dis là !- C’est la vérité, ma fille, je le sais ! »Silia est frappée de stupeur. Un tel projet est insensé. Faisant la tournée des animaux domestiques, elle se rend chez l’âne pour lui donner de l’avoine (akhert’an). Elle marmonne entre ses lèvres : »- Anta ig vgha g’ma anta ? »L’âne lui dit : »- Armouyi-d chouit’ ou khart’anAm-d inigh anta ig vgh g’ma-m ? »Silia lui rajoute une écuelle bien pleine. Il lui dit alors : »D’ k’em ig menaD’ k’em ig vghaAthama ghvounte a Silia !C’est toi qu’il espèreC’est toi qu’il veutPauvre de toi Silia !) »N’ayant plus aucun doute sur les intentions de son frère, Silia décide de fuir, pour contrecarrer les projets de son frère. Elle se cache dans la montagne escarpée et demande à un berger d’aller lui ramener ses parents, pour les mettre au courant. Mais en guise de parents, ce sont ses frères, l’aîné et le cadet qui viennent la chercher. En voyant sa sœur, le cadet s’approche d’elle, lui tient la main et la supplie de rentrer à la maison. Elle le regarde dans le blanc des yeux et lui dit, qu’elle ne peut pas à cause de son grand frère, qui veut l’épouser. Au moment de lui lâcher la main, le frère aîné courroucé par le refus affiché, dégaine son sabre et coupe la main tendue de Silia. Cette dernière, tombe dans le nid d’un corbeau (tha g’ arfa) se trouvant en contre-bas. Après son forfait, le frère aîné retourne à la maison et demande au cadet de se taire. Dès qu’il fut en présence de ses parents, ses bras et ses jambes s’étiolent. Son corps devient inerte et incapable de bouger. Handicapé, on le met dans un coin (d’i tharkount) et on cherche à le soigner. Pris de remords, le cadet dit à ses parents ce qui s’est passé. Ils apprennent ainsi, le projet insensé de l’aîné et la malédiction prononcée. Ils ramènent pour leur fils les meilleurs guérisseurs de la contrée mais rien n’y fait.
Benrejdal Lounès (A suivre)
