Au moment où l’inquisition s’est focalisé sur le phénomène de l’évangélisation de la Kabylie, notamment à coups de tapages médiatiques, la prolifération des mosquées clandestines dans cette même région est en passe de bénéficier d’un silence complice. Ces lieux de «culte», qui sont apparus durant le mois de Ramadhan, continuent de fonctionner sans que cela n’attire aucunement l’attention de ceux chargés de contrôler ce genre d’activités. Généralement construits avec des matériaux de fortune et érigés à la va-vite dans des endroits difficiles d’accès pour les services de sécurité, ces «mosquées» drainent surtout des jeunes adultes et adolescents. Impossible de savoir qui y prêche et ce qui s’y prêche. La fréquentation de ces lieux se fait par des personnes bien choisies, informer par le ouï-dire.
Une de ces mosquées a été signalée au lieu-dit Chaoufa, dans la commune de Mekla. «C’est une bâtisse érigée en parpaing et possède un haut-parleur à faibles décibels par lequel se fait l’appel à la prière. Les fidèles font partie d’une sorte de club très restreint et ont été informés de l’existence de ce lieu discrètement. L’information s’est propagée de bouche à l’oreille à la sortie des mosquées. La propagande s’est fait à Azazga, Fréha et Mekla», témoigne un fidèle de la région.
Cette région a connu, en effet, une déferlante sans précédent de jeunes fidèles qui hantent les mosquées et arpentent les rues dans un accoutrement à la limite de la discrétion, leur tenue ne trompe pas sur leur nouveau statut de prieurs. Pour ceux ayant atteint l’âge de la puberté, ils se laissent pousser quelques poils en guise de barbe.
«Notre attention a été attirée par le nombre de ces personnes qui se réduisait de jour en jour dans les mosquées des centres urbains, notamment lors de la prière des taraouih, au cours de la deuxième quinzaine du mois de carême», précise notre interlocuteur. La fin du mois de jeûne n’a pas changé grand, chose puisque, ajoute-t-il, ces lieux continuent de fonctionner. «Il y a certain d’entre eux qui louent même des taxis-clandestins pour rejoindre l’endroit à temps et ne pas rater, vraisemblablement, le prêche de vendredi. »
Ce qui fait que les gens sont certains du caractère clandestin de ces mosquées, qui seraient érigées dans plusieurs régions de la wilaya, est l’inexistence d’aucune association religieuse, seule autorisée à construire des mosquées, à les gérer et à collecter des fonds pour leur entretien, dans ces endroits à faible concentration d’habitants.
Il y a lieu, en effet de s’inquiéter de ce nouveau phénomène dans la mesure où ces lieux de culte échappent à tout contrôle des autorités. L’identité des prêcheurs qui reste anonyme et le genre de discours qui s’y tient, accentuent cette appréhension tout en sachant que l’âge des personnes qui les fréquentent est idéal pour toute tentative d’embrigadement dogmatique.
Farid Ouhamou
