S’il est agréable de regarder un film, bien calé dans son fauteuil, il est encore bien plus agréable de lire un livre. Il est vrai que le cinéma fatigue moins que la lecture –bien que la lumière des images soit plus nocive, à la rétine, que le mouvement des yeux, allant d’une ligne à l’autre- mais ce que l’on gagne en repos, on le perd en réflexion : on se contente de regarder, même si on peut vivre intérieurement l’histoire racontée. Avec la lecture, on ne vit pas seulement l’histoire, on la construit : par le subterfuge de la fiction, on y participe même. Si les images peuvent être fortes, les mots le sont encore plus.
Un paysage de film ne ressemble en rien à une description : l’image montre un ensemble d’objets, le texte décrit dans le détail les objets. L’image montre un arbre, le texte dit ce qu’évoque cet arbre, le texte montre une madeleine que l’on trempe dans un bol de lait, le texte, reconstruit, à partir de la madeleine, toute une vie…
D’ailleurs, si l’image se suffisait à elle-même, pourquoi, dans les fictions comme dans les documentaires, les fait-on suivre de textes ? Avec le texte, le lecteur dispose d’une autonomie certaines, pouvant faire des allers et retours, sauter un passage, quand ce passage l’ennuie : le film, lui impose l’ordre dans l’espace et le temps…. Il ne s’agit pas de dénigrer l’image, qui reste un puissant moyen de communication et un témoignage vivant de la réalité, mais il faut réhabiliter le texte, la lecture.
Il faut apprendre aux générations d’aujourd’hui, élevée aux films et aux jeux vidéos, la valeur du livre qui consigne, non seulement la mémoire et le savoir des hommes mais aussi leurs émotions.
S. Aït Larba
