Selloum, c’est ce village de 4 000 habitants situé sur le versant sud du mont Djurdjura, à une soixantaine de kilomètres à l’est de Bouira. A l’instar de la majorité des villages de la Kabylie profonde, loin des cités urbaines et des yeux des autorités, les villageois sont livrés à eux-mêmes et condamnés à se prendre en charge pour diverses tâches et préoccupations. Suspendu à quelques 1200 m d’altitude, ce village de la commune d’Aghbalou, ce parent pauvre traversé par la RN 15, manque du « minimum vital ». Dépourvu d’infrastructures sanitaires, culturelles, sportives et… industrielles ! Ses habitants, notamment les jeunes, armés d’une volonté et dévouement exemplaires, ne désespèrent pas de voir un jour leur village sortir de sa longue léthargie.
Une mission peu évidente sans la contribution effective de l’Etat. Ce dernier est fréquemment interpellé pour lui faire rappeler que cette région a besoin, autant que les autres, de bénéficier des différents projets et programmes de développement mis en exergue et placés comme leitmotiv dans le programme quinquennal du président de la République. Malgré les multiples sollicitations et interpellations, l’écho escompté n’est pas celui tant espéré par les villageois.
Ainsi, Selloum ne dispose d’aucune infrastructure étatique, hormis deux écoles primaires, les collégiens se déplacent au CEM situé à Tixiridène distant de 6 km et les lycéens à Takerboust (4 km). Le stade de football situé à Agulmine ressemble plutôt à une aire de jeu, il abritait autrefois les rencontres des deux équipes du village, l’ASS et la JSS qui ont cessé d’exercer à cause du manque de moyens financiers. Aujourd’hui, le stade ne sert plus à rien, détérioré, vestiaires saccagés, le terrain en tuff est plein de nids-de-poule et de crevasses…
Le jeune dans ce village n’a pas d’endroit où aller pour fuir l’oisiveté et le vide à l’exception des cafés maures du village et y rencontrer des amis autour d’une partie de dominos ou jeux de cartes, discuter et échanger des informations sur d’éventuels examens ou concours de recrutement pour tenter sa chance et en finir avec le chômage.
En dépit de tout cela, une équipe d’arts martiaux du village et qui pourtant s’entraîne dans une salle de sports de fortune (un garage aménagé, appartenant à un privé), s’illustre par ses jeunes athlètes au palmarès éloquent.
Toutefois, 80% des villageois représentant la frange juvénile avec ou sans diplômes, la majorité sont livrés au chômage. On ne recrute plus, ni à l’APC d’Aghbalou ni ailleurs, d’ailleurs. Marqués par le désespoir, de nombreux jeunes ont choisi le chemin de l’exil, tenter leur chance à l’étranger, c’est tout ce qui reste pour eux. Il reste toutefois les opportunités qu’offrent l’ANSEJ, l’ANEM, etc. Mais les multiples contraintes bureaucratiques et l’éloignement du village du chef-lieu de wilaya a dissuadé plus d’un postulant. Au rythme où vont les choses, la prolifération des maux sociaux est sérieusement appréhendée. Une prise en charge effective de cette frange de la société par les autorités concernées est une priorité et une urgence. En revanche, le mouvement associatif censé être un rempart pour les villageois, y compris les jeunes, ne change pas grand chose. La création tous azimuts d’associations, quel que soit leur créneau, s’est avéré défaillant devant le manque de moyens financiers et autres leur permettant de mener à bien leurs missions, elles finissent toujours par disparaître, à l’image de la jeune association culturelle (Azru Gtvir n’Teleli), qui a refait surface récemment après une hibernation de plusieurs années.
Tiwizi :
C’est l’un des principes fondamentaux à Selloum. Un leg perpétré par les jeunes d’aujourd’hui qui consiste dans l’aide d’autrui dans ses tâches les plus lourdes et difficiles sans contrepartie, comme la pose d’une dalle, la cueillette des olives… des travaux d’intérêt général ; il suffit qu’une idée germe au sein d’un groupe d’individus pour qu’elle soit suivie par le reste des villageois.
Jaloux de leur village, ils lui consacrent de leur temps et argent… Réfection de la toiture de la mosquée, nettoyage des pistes agricoles, fossés, conduites d’eau… même le trottoir qui longe la route principale du village a été réalisé grâce aux villageois, avec bien sûr la contribution du comité de sages et celle, symbolique, de l’APC d’Aghbalou, qui leur a offert quelques sacs de ciment. En juin dernier, les infatigables Djamel, Ali, Ahcène and Co ont nettoyé et réparé la conduite d’AEP à partir des sources et rivières de la montagne, dont la fameuse source appelée communément L’gazouz, très prisée pour ses multiples vertus. Or, la découverte des volontaires fut sans équivoque. Conduites usées pleines de saletés dégageant des odeurs nauséabondes et insupportables, des rats en état de décomposition… c’est cette eau malheureusement qui est acheminée sur le vieux château d’eau puis redistribuée entre les quartiers du village et destinée à la consommation des ménages Devant cet état de fait et risques de propagation des MTH, la sonnette d’alarme a été tirée, le ministres de la Santé, l’Environnement, les autorités locales et wilayales sont interpellées. Une commission du département de Amar Tou a même fait le déplacement d’Alger et constaté de visu les faits. A signaler que le village a été raccordé à partir de la grande source Aincer Averkane, situé à Saharidj dont le débit est de 1 500 litres, secondes et 150 l/s en période d’étayage.
Au début, l’eau coulait à flot et les villageois s’attendaient à ce qu’on leur installe des compteurs dans leurs demeures respectives avec des robinets individuels, mais depuis, rien n’a été fait. « Ce n’était, en fait, que de la poudre aux yeux », nous dira Djamel S. Aujourd’hui, l’eau ne coule que rarement et le problème d’AEP reste posé au moment où l’on parle du projet d’adduction à partir de cette source au profit des villages de la commune d’Aghbalou, qui souffrent eux aussi du même problème.
Par ailleurs, plusieurs familles disposent de puits dans leur jardin, or en l’absence de conduites d’assainissement, nombre d’entre-eux ont construit des fosses septiques pratiquement à proximité des puits, ce qui laisse planer de nouveau le risque de maladies à transmission hydrique. Devant cette multitude de problèmes et manquements, les villageois ont du mal à contenir leur colère et désappointement et de s’interroger à quand le bout du tunnel ! Le constat est clair…
La politique menée par le gouvernement et chapeautée par le Président en personne pour lutter contre l’exode rural, la relance économique et les divers programmes de développement destinés aux zones rurales et les Hauts-Plateaux doivent être appliquées et suivies rigoureusement sur le terrain, l’Etat doit assumer son rôle et ses engagements.
Rayane B.
