Belkhadem fait marche arrière

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Donnant l’impression de quelqu’un qui maîtrise ses dossiers, le premier ministre s’est présenté à l’émission accompagné par une armada de ministres et une rame de dossiers, dans lesquels il y avait de tout : du plus controversé dossier de la Charte pour la paix, jusqu’à la révision de la constitution, en passant par les nouveaux actes terroristes et le banditisme, qui apparaît sous de nouvelles facettes, notamment en Kabylie.

Après avoir reporté à plusieurs reprises l’échéance, le chef de l’Exécutif a consenti, en effet, à donner les résultats de l’application de la Charte pour la paix avec un retard de plus de deux mois (voir encadré). Belkhadem a donné les chiffres que la commission nationale se suivi des dispositions de la charte, qu’il préside, a enregistrés jusqu’à fin août, tout en excluant l’idée selon laquelle des commissions de wilaya auraient bloqué le cours de l’opération. Il admet, par contre, qu’il y eu « des complications » qu’il a justifiées par la complexité de certains dossiers.

« Pas de retour du FIS et l’Etat ne néglige aucun de ses enfants »

Au-delà des chiffres, Abdelaziz Belkhadem a tenté de répondre, et rassurer, sur les conséquences politiques de l’application des textes de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale. En réponse à une question relative aux dernières sorties médiatiques des anciens dirigeants du parti dissous, notamment Rabah Kébir qui ambitionne de créer un parti politique, le chef du gouvernement a eu une réponse évasive : « la Charte est claire. Ces gens-là sont exclus de l’activité politique et il n’y aura pas de retour en arrière ». Une manière de paraphraser Ouyahia et Zerhouni qui ont toujours clamé leur opposition quant au retour du FIS. Et si Belkhadem le dit de manière aussi hésitante, il sait que quelques jours auparavant, il avait reçu l’ancien dirigeant de l’instance exécutive du FIS à l’étranger.

S’il y avait une question qui pouvait embarrasser le chef du gouvernement, c’était celle relative aux Patriotes, un corps qui ne revient que très rarement dans ses discours. « L’Algérie ne néglige aucun de ses enfants, notamment ceux qui ont été à ses côtés pendant les années du terrorisme aveugle », dira Belkhadem pour rassurer les Patriotes qui ont peur d’être oubliés par les textes de la Charte. En revanche, le chef de l’Exécutif n’a pas précisé comment le gouvernement compte prendre en charge cette frange.

Banditisme : l’Etat prépare la riposte

Parmi les grandes préoccupations de l’heure, les journalistes se sont intéressés particulièrement au banditisme qui, prenant des proportions alarmantes, inquiète au plus haut point les citoyens. Et Belkhadem, qui ne semble pas ignorer le problème, tente de rassurer, à défaut d’annoncer des mesures sérieuses et concrètes. Mieux, le chef du gouvernement fait un constat, que tout le monde connaît d’ailleurs, sur la situation actuelle : “Nous assistons, effectivement, à l’apparition d’une criminalité qui n’est pas connue jusque-là chez-nous, notamment ces kidnappings avec demande de rançon qu’on voit dans une région précise du pays » et il propose des solutions : « l’Etat est en train de préparer une stratégie pour contrer ces phénomènes ».

La révision constitutionnelle : c’est au Président de décider

Après avoir soutenu dans l’après-midi que le référendum sur la révision constitutionnelle aura lieu dans deux à trois mois, Abdelaziz Belkhadem a changé de cap dans la soirée pour soutenir que « c’est au président de la République de décider de la date. Il a deux à trois moutures et il doit en choisir une ». Quant aux raisons du report, le chef du gouvernement, qui exclut que le projet ait été annulé, a repris les arguments qui sont les siens, soutenu en cela par Zerhouni, qui font que le chef de l’Etat avait d’autres priorités, notamment l’audition des ministres pendant le mois de Ramadhan passé. Mais encore une fois, Abdelaziz Belkhadem qui s’est pourtant présenté devant Soraya Bouamama comme chef du gouvernement, s’est permis de réitérer la position de son parti qui plaide pour « un régime présidentiel », sans pour autant s’étaler sur le sujet.

« Les affaires BRC et Zendjabil existent »

Une fois n’est pas coutume, un chef de gouvernement confirme l’existence de grandes affaires de corruption, limitées jusque-là dans les colonnes de certains quotidiens nationaux. Si Belkhadem refuse de parler de généralisation du phénomène, il confirme par contre l’authenticité de certaines affaires qui accablent de hauts cadres de l’Etat. Il en est ainsi de l’affaire dite BRC, qui implique Sonatrach et que le ministre de l’Energie veut ignorer, ansi que celle relative aux grands trafiquants de drogue dite affaire Ahmed Zendjabil. Abdelaziz Belkhadem va plus loin en soutenant qu’il y a d’autres affaires, mais n’admet pas l’alarmisme. Selon lui, si la presse en parle, c’est parce que, aujourd’hui, « les conditions du pays permettent d’en parler ». Autrement dit, ce genre d’affaires existaient bien avant, mais on ne pouvait pas en parler.

Cela dit, le Premier ministre soutient que « nul n’est au-dessus de la loi » et que « la justice s’applique à tous, et sans exception ».

Une économie toujours fragile

L’invité de l’ENTV a donné, samedi soir, l’impression de quelqu’un qui a changé, notamment sur la question des salaires. Abdelaziz Belkhadem, qui, dans ses discours populistes de chef de parti, clamait qu’on « ne peut pas dire aux Algériens qu’on a de l’argent sans qu’ils en profitent », revient à la raison, aidé en cela par la réalité de l’économie algérienne. « On ne doit pas tromper les gens en leur disant qu’il y a de l’argent qu’on va distribuer dans des enveloppes ». C’est à peine si on ne voit pas un Ahmed Ouyahia à travers ces déclarations. C’est Belkhadem le chef du gouvernement qui le dit et qui explique que l’économie nationale dépend des hydrocarbures.Cependant, aux questions des internautes qui s’interrogeaient sur une possible augmentation des salaires, le chef de l’Exécutif gouvernemental renvoie sa réponse aux conventions de branche qui vont être signées incessamment et à la nouvelle grille des salaires dans la fonction publique qui pourront, selon l’intervenant, avoir des incidences sur les salaires des fonctionnaires.En somme, pour sa première sortie médiatique comme chef du gouvernement, Abdelaziz Belkhadem n’a pas convaincu. Il a quand même tenté de se défendre, en attendant mieux…

Ali Boukhlef

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