« Anzar » pour implorer la pluie

Nous sommes à la mi-novembre mais le climat est celui d’un été. Les pluies qui tardent à venir suscitent de l’inquiétude chez les citoyens. Devant ce besoin vital de l’eau pour qu’il y’ait la vie, les citoyens implorent Dieu d’arroser la terre et la délivrer de la sécheresse. Après la prière de la pluie ou Istisquaa, organisée vendredi dernier au niveau national, la population de différentes régions continue de solliciter la pluie à travers divers moyens.

Les populations de Kabylie ont, dans leur culture, le problème du manque de pluie qui les hante à travers leur civilisation. Dans le village, l’on recourt à différents moyens pour voir venir la pluie. A Mizrana, comme dans beaucoup d’autres localités de la Kabylie, est organisé ces jours-ci un rituel qui s’appelle « Anzar ». Cette action a été organisée par des femmes du village Aït Saïd et d’Aït Iftène. Elle consiste en la transformation d’une louche en une poupée, en l’habillant telle une mariée. Cette marionnette est portée par les femmes récitant ce vœu dans la tradition kabyle :

« Anzar anzar

Arbi switsid ar azar

Ats sew naâma u zaghar

Atsernu naâma boudrar

Aghamdja iste qlilih

Nig w uxam u qlilih

Arbi switsid m’lih »

Les femmes entonnant cette prière, sillonnent les quartiers, collectent des dons et des offrandes alimentaires. Le tout est préparé par la suite dans un repas collectif, auquel tout le monde est invité.

En plus de cela, on recourt à l’organisation du N »wel. C’est un rassemblement des gens du village dans un lieu saint. Chaque foyer fait acheminer un plat de couscous, du lait caillé ou du petit-lait. Tous les habitants se réunissent et mangent ensemble dans une ambiance de communion et de fraternité. A la fin, un imam est invité à réciter des prières, en implorant Dieu de faire descendre la pluie. Comme de tradition, on les organise à Aït Saïd. Le lieu saint est « Tabourt M’hand u Hand ». Avant de revenir chez eux, les pèlerins provoquent des chutes de pierre à partir de ce sommet. Le lendemain, on retourne à l’hara n’Chikh, un lieu qui se situe non loin du premier. On organise lawziaâ ou le sacrifice rituel. On égorge des taureaux et chaque foyer aura sa part de viande. Lorsqu’il s’agit du manque de pluie, on égorge des taureaux noirs. Lorsqu’il s’agit d’un excès de pluie et d’inondation, on égorge des taureaux de couleur blanche. Les gens s’attachent et croient en ces traditions, qui selon eux, dans la plupart des cas, le ciel exauce leur vœu.

Mourad Hammami