La campagne de la cueillette des olives, qui a démarré la semaine dernière dans la région de Béjaïa notamment le long des côtés Est et Ouest, sera indiscutablement de l’avis même des oléiculteurs des plus décevantes. Des oliviers séculaires qui d’ordinaire donnaient quelques deux à trois quintaux d’olives vont atteindre rarement cette année les 20 à 30 kg. L’autre signe de récolte insignifiant est le temps mis par les oléiculteurs à boucler leur récolte. Si d’habitude, ils consacraient plus d’un mois à ramasser leurs olives, la présente saison, ils mettent souvent à peine plus d’une semaine pour faire le tour des arbres oliagineux.
Les olives qui, au moment de la récolte sont d’ordinaire d’un noir brillant, pulpeuses et juteuses et bien accrochées à leur pédoncule, sont cette saison asséchés avant l’heure et le moindre mouvement d’air les fait tomber de l’arbre. Leur peau toute ratatinée est collée au noyau. La pulpe qui renferme l’huile et la margine a été sucée par un été aride et prolongé et les quelque 80 foyers d’incendie qui se sont déclarés au moment de la maturation des fruits.
Ne pouvant lutter contre les phénomènes de la nature, les oléiculteurs se contentent de faire le constat de leur manque à gagner et reporter leurs espoirs sur les années à venir.
“La production oléicole obéit en effet”, explique M. Oussalah, secrétaire générale de la Chambre de l’agriculture de Béjaïa, très fortement aux fluctuations climatiques”. La région de Béjaïa est située dans un système de type pluvial et l’irrigation d’appoint est très rarement pratiquée pour les oliviers. Les précipitations à caractère torrentiel n’apportent pas une bonne irrigation aux zones en pente et les oliviers n’en bénéficient que peu et les cuvettes d’irrigation des oliviers financées par les programmes du PNDA ne sont pas encore généralisées pour toutes les plantations situées dans les montagnes.
A l’appui de ses dires, le secrétaire général de la chambre de l’agriculture présente un tableau où, sur six années de productions, il est plausible de constater que pour des superficies sensiblement égales, les productions varient souvent en dents de scie. Aussi, pour la saison 2002/2003 pour une superficie en rapport de 48 425 ha, la production n’a été que de 130 520 quintaux et un rendement moyen de 2,7 quintaux à l’hectare alors l’année suivante, soit 2003/2004, pour une superficie de 48 408 ha, la production a atteint 1398 390 quintaux et le rendement à l’hectare avait grimpé jusqu’à 28,86 quintaux.
Concernant la présente année où le rendement à l’hectare n’atteindra sans doute pas les cîmes, l’an dernier il a été de 11,15 quintaux à l’hectare. Toujours selon M. Oussalah, cette production en dents de scie s’explique aussi par le fait que 65% des oliveraies sont situées dans des zones bio-climatiques semi-arides (Sidi Aïch, Akbou, Tazmalt) et où l’irrigation d’appoint n’est pas pratiquée de manière systématique.
La production de cette année peut également s’expliquer, selon M. Oussalah, par un été particulièrement chaud, aggravé par plus de 80 brasiers qui ont été localisés dans 23 communes sur les 52 que compte la wilaya et qui s’est prolongé jusqu’à fin octobre.
Ces conditions climatiques extrêmes ont mis à mal les fruits qui sont tombés de l’arbre bien avant l’heure. Enfin le gaulage, cette technique ancestrale de la récolte des olives, utilisé les années précédentes peut expliquer en partie le faible rendement de la présente saison.
En effet, ce gaulage, qui consiste, à faire tomber les fruits, frappant les branches de l’arbre avec une longue perche, blesse les rameaux fruitiers et compromet la récolte de l’année suivante. Les techniques actuelles en usage dans la plupart des pays producteurs d’olives sont les vibreurs, qui secouent les branches sans danger, et les peignes à olives.
B. Mouhoub
