C’est autour du thème « Sur les traces de Jacques Derrida » qu’un colloque international s’est ouvert hier à la Bibliothèque nationale du Hamma. L’ouverture de ce rendez-vous intellectuel, s’est effectuée annoncé par un discours officiel du chef du gouvernement Abdelaziz Belkhadem. La rencontre qui s’étalera jusqu’à aujourd’hui, a réuni d’illustres noms de la scène intellectuelle mondiale pour témoigner de l’homme et la propriété pensive qui est Jacques Derrida.
« Nous sommes ici présents devant une large assistance nationale et étrangère pour dire que l’Algérie est pour l’ouverture intellectuelle universelle. Cette date commémorative de la propriété Jacques Derrida, en est la preuve. Notre pays a vu naître des sommités mondiales et voir fleurir des penseurs algériens d’origine étrangère. Je lance, à cette occasion un appel aux penseurs et créateurs étrangers pour leur dire, encore une fois que l’Algérie est ouverte pour tout échange et coopération intellectuelle, politique et économique », s’est prononcé Abdelaziz Belkhadem.
La rencontre a réuni d’illustres noms de la littérature, philosophie, sciences et de la politique dont les deux philosophes, Marguerite Derrida, veuve de Jacques Derrida, Hélène Cixous, amie du défunt, Le conseiller culturel à la Présidence de la République, Abdelkader Djeghloul, le coordinateur scientifique du colloque, écrivain, Mustapha Chérif et d’autres invités étrangers spécialistes de l’œuvre de Derrida venus de France, du Brésil, des Etats- Unis, d’Egypte et de Tunisie.
Dans son exposé, Hélène Cixous ne s’étale pas sur l’œuvre de Derrida mais parle essentiellement de l’homme qu’il était.
« Son mode de vie dans l’entourage intellectuel n’était pas différent de celui de l’entourage familial voire amical. Je l’ai toujours connu comme combattant de l’Algérie, avant même la guerre de la Libération nationale. C’est un homme unique dans toute l’histoire de la philosophie. Il a traversé le monde à travers sa pensée. C’est l’un des premiers défenseurs des droits de la femme. Derrida est un homme qui a travaillé pour l’avenir », témoigne t-elle.
L e professeur de philosophie Louis Mallet, de France, est intervenu, de son côté, pour parler de l’œuvre pensive d’hospitalité de Derrida.
« Sa pensée concerne des idées universelles. Il s’est rapproché par son hospitalité de nombreuses gens, en Afrique, au grand Maghreb ainsi que partout dans ce monde. Il a traité des thèmes qui touchent la majorité des populations dont, les guerres, l’humanisme, les droits de l’homme et autres », dira Mallet.
Le directeur de la Bibliothèque nationale, Amine Zaoui, organisateur du colloque a informé, à l’occasion que son institution a veillé pour que les 60 œuvres de cet homme universel soient traduites en langue arabe. Zaoui dira qu’il existe d’autres de ses ouvrages inédits qui seront publié très prochainement grâce à la psychanalyste et épouse de Jacques Derrida. Il annoncera aussi que tous les axes du colloque seront publiés pour Alger Capitale de la culture arabe.
« J’ai connu Jacques Derrida à travers notre première rencontre à Paris. On était les fondateurs du Parlement international des écrivains. Je ne peux que dire, que cet homme est plus qu’un capital pour notre pays. Ce fils d’Algérie, a tant défendu cette terre, avant et durant la guerre de la Libération nationale. Il a également assisté et s’est exprimé contre l’islamisme terroriste qui a endeuillé notre pays durant plus d’une décennie. J’estime que ce passionné de l’Algérie est le dernier des sages philosophes », a témoigné Amine Zaoui.
Le maître et grand philosophe Jacques Derrida est, aujourd’hui, commémoré après deux années de sa disparition, à Alger. Originaire de la péninsule ibérique du Portugal, il est né en 1930 en Algérie, à El Biar. Il publie plus de 60 ouvrages dont La dissémination, le Seuil, Glas, Au delà des apparences, Spectres de Marx, Parages.
Fazila Boulahbal
