Avec ce nouveau texte, Ali Malek continue son impressionnante quête : peindre avec les mots la société kabyle et algérienne de ces dernières années. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il réussit son entreprise de fort belle manière. Regard apaisé et lucide, écriture sobre et profonde, tolérance et humanisme parcourent cette belle fiction. C’est donc un petit bijou littéraire que les éditions parisiennes, Non lieu, viennent de publier. Une Terre bénie de Dieu de Ali Malek est assurément un roman que l’on lit d’une seule traite. A Paris depuis un moment, Ali Malek raconte son pays, l’Algérie et poursuit ainsi ses cheminements littéraires. Dans Une Terre bénie de Dieu, l’écrivain parle des années du terrorisme dans une petite ville de Kabylie. Ali Malek arrive, de manière géniale, à restituer cette période douloureuse en transmettant cette atmosphère insaisissable qui prévaut à chaque instant que les hommes deviennent des monstres et n’arrêtent pas de se perdre dans l’effusion du sang. Mais Ali Malek sait rester lucide et dire les faiblesses humaines de ceux qui ne veulent pas choisir leur camp, parfois au détriment de leur propre survie.
C’est le cas de cette directrice d’école, Fatima, qui héberge chez elle des » maquisards » islamistes et qui, presque au même moment, vit sa vie avec celui qui les combat, le vieux El Hadj. Sofiane, quant à lui, est sous les drapeaux ; c’est un mauvais moment pour les bidasses, beaucoup d’entre eux seront égorgés par les barbus. Les jeunes appelés ne sont pourtant pas vraiment emballés par les choix des dirigeants du pays, ils se contentent de subir. Les titres de permission sont attribués par tirage au sort, et Sofiane est tout à la joie de bientôt revoir Tamurt ! Mais les centaines de kilomètres à parcourir l’étranglent. Les faux barrages font rage. Guère difficiles à débusquer parmi les voyageurs, les appelés sont des proies de prédilection. Que de fils accourant vers l’étreinte maternelle y sont arrivés en morceaux ! Et que fait la mère dans ce cas ? Elle s’assoit par terre, allonge les jambes et s’arrache les cheveux « , écrit Ali Malek. Roman poignant et tendre, Une terre bénie de Dieu est une œuvre qui témoigne et préserve une partie de la mémoire d’un peuple quand ses dirigeants veulent oublier l’essentiel. C’est une œuvre à découvrir. « En l’absence de son mari, elle se verse des rasades qui l’immobilisent au balcon, d’où elle regarde l’unique statue de la ville, consentie par un régime ennemi des constructions, de l’imagination, ennemi du peuple, ami de la seule rapine, un cavalier rupestre qui livre chaque jour un combat indifférent. Au dessus des fournées de piétons, un grand homme vaincu témoigne contre une terre qui l’a gorgé d’amertume qu’il est parti mourir loin, très loin d’elle », ainsi se termine ce roman. Et ce mercredi soir, 29 novembre 2006, Ali Malek sera à l’Ogre à plumes (49 et 51 rue Jean-Pierre Timbaud, dans le onzième arrondissement de Paris) pour présenter son livre. Il ne sera pas seul : Yalla Seddiki et Yazid Bekka présenteront aussi Kabylie, belle et rebelle, un beau livre sorti également chez Non lieu.
Farid Ait Mansour
* Une Terre bénie de Dieu, de Ali Malek, éditions Non lieu, Paris 2006, 151 pages, 13 euros.
