D’une beauté naturelle exaltante, le village Lota situé à quelque trois kilomètres du chef-lieu de la commune de Souk El Tenine (Béjaïa) semble hermétique au souffle de la pratique culturelle.
Les infrastructures font cruellement défaut. Depuis des années, la ville sombre de plus en plus dans la léthargie et un profond marasme, qui noient le quotidien d’une jeunesse désœuvrée et livrée à elle-même.
Et comme la nature ne s’accommode pas du vide, les fléaux sociaux reprennent du poil de la bête. Les jeunes ont donc toute latitude de s’adonner à leurs vices préférés ou passer leur temps à ruminer dans les cafés qui poussent malheureusement, comme des herbes folles à la belle saison. « On a cru révolue une certaine époque où parler de culture était une honte, un pis-aller : Quand l’étau se desserre au tour de l’estomac; la tête exige des chants ».
C’était la réponse toute faite qui sortait furtivement de la bouche de nos interlocuteurs. La chape de plomb qui pesait sur la culture était telle qu’elle décourageait toute initiative.
D’où d’ailleurs cette tristesse quotidienne obsédante qui éloignait le rire et la gaieté dans un village réduit à son juste nom et devait, avec la volonté des décideurs, être inscrit au rang de commune. Il était presque « tabou » de demander aux gens de la région l’état de la situation culturelle dans la « périphérie ».
Question considérée comme maladroite ! mais la réalité est toute nue si l’on comptabilise les quarante-quatre années depuis l’inscription de Souk El Tenine au rang de commune, soit depuis l’Indépendance !
Ironie du sort où simple hasard, on constate avec stupéfaction que la culture boite dramatiquement. Elle est subrepticement mise en congé, classé à un rang subsidiaire, voire marginal au moment même où la politique prônée en haut et totalement contraire en bas car comme dit l’adage de nos terroirs : « Seul celui dont les pieds sont sur des braises sentira la douleur ». Pour noyer le spleen et se donner l’illusion fugace de la réconcilier avec eux-mêmes, d’aucuns se payent une journée à la plage. Pour les autres, la parabole est le seul succédané au vide culturel. Elle leur permet au moins de se distraire et de s’abandonner aux caprices de la rêverie (…)
Salim « hitiste » en rupture de mur, ne sait quoi faire de ses journées. Ironique et pourfendeur il nous dira : « Ici on pratique la culture politique, la culture de l’oubli, c’est le véritable système D. Car la culture proprement dite, très peu de gens savent vraiment ce que c’est ».
En attendant une vie meilleure, ces discours « dragueurs » continuent de faire leur petit bonhomme de chemin et comme disait Victor Hugo dans Pensées « Les diplomates trahissent tout, excepté leur émotions ».
Rabah Zerrouk
