Le président du Rassemblement pour la culture et la démcoratie sort de son silence en accordant une interview à notre confrère El Watan. D’emblée Sadi tient à rappeler qu’ »en 2004, il y a eu ce qu’il faut bien appeler un coup d’Etat électoral ». Il faut peut-être rappeler également qu’à l’époque, le président du RCD avait promis de divulguer les preuves de la fraude qui étaient en sa possession. L’opinion attend toujours. Voulant se doter d’une image d’opposant farouche, Sadi n’hésite pas à épouser, avec effet rétroactif, les positions du maître en la matière, à savoir le FFS d’Aït Ahmed. Ainsi, selon lui, « si rien n’est fait rapidement, l’Algérie risque d’être la Yougoslavie d’Afrique du Nord ».
Cette thèse avait été prônée par Hocine Aït Ahmed, il y a de cela quelques années, quand il avertissait du danger de la « tchétchénisation » de l’Algérie. Toujours dans le registre de l’opposant dur, Sadi n’hésite pas à faire dans le dribble, en déclarant que « le RCD qui a la chance, si je puis dire, d’avoir connu la clandestinité ».
Une affirmation pas très juste quand on sait que le parti que préside Sadi est née le 9 février 1989 et que la constitution consacrant le multipartisme date du 23 février de la même année, soit à 15 jours d’intervalle. Cette confusion entre les militants fondateurs du parti, qui eux ont connu la clandestinité, et la structure, est sciemment entretenue.
A deux mois, du congrès annoncé, le président du RCD nous apprend que l’administration a peu de cette échéance, et fait tout pour qu’elle n’ait pas lieu. Sadi dira que son parti avait dans un premier temps réservé la salle omnisports de Tipaza et après refus des autorités il s’est rabattu sur une salle privée à Aïn Benian pour essuyer le même blocage. Mais après toutes ces péripéties, le président du RCD ne dit pas où va se tenir le prochain congrès. Il se contente d’un « les choses semblent rentrer dans l’ordre ».
Abordant les prochaines élections législatives et locales, Saïd Sadi réitère sa proposition comme à la veille de chaque échéance électorale- de constitution d’un front démocratique « pour contrôler le scrutin et éventuellement présenter des listes communes ». La dernière fois où cette proposition avait été formulée, elle a été immédiatement suivie d’une campagne d’injures et de diffamations. Il n’omettra pas de dénoncer les situations « où l’on voit des acteurs qui revendiquent un statut d’opposants définitifs se compromettre dans des mésalliances avec les partis les plus rétrogrades de la coalition gouvernementale ». Au vu des alliances tissées après les partielles en Kabylie dans les communes, nous serions tentés de dire que Sadi parle du RCD.
En effet ce dernier n’a pas hésité à s’allier, selon les cas, avec le FLN et le RND pour gouverner dans des APC. S’il est vrai que la coalition gouvernementale est publiquement assumée et revendiquée, force est de constater que les coalitions locales sont vécues comme des maladies honteuses. S’agissant de la langue amazighe, le premier responsable du RCD a visiblement changé de stratégie et de discours, en prônant l’ »option de co-officialité ; c’est à dire que dans les espaces où cette langue est parlée, il faudra que l’Etat la prenne en charge aux côtés de la langue arabe ».
En clair, Bouteflika a donné le statut de langue nationale à tamazight, et Sadi propose une co-officialité régionale et donc en Kabylie où elle est parlée par la majorité des citoyens. Pour ce qui est des autres régions, comme l’usage de tamazight varie d’une commune à une autre, on pourrait éventuellement proposer la « co-officialité communale ». Sur le plan international, Saïd Sadi, nous apprend que « la France est en crise identaire et politique ». le docteur juge qu’une société comme la société française, qui bouge, en exprimant ses contradictions dans un cadre républicain est une société en crise. Et puis, franchement, cette attitude de « diagnostiquer » des crises même virtuelles des autres, en faisant l’impasse sur la crise de son propre parti, doit avoir une explication autre que politique.
C. A.
