»Je ne suis pas venu pour vendre la République »

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Ce qui ne devait être qu’une cérémonie protocolaire s’est transformée en une occasion de prononcer un discours-bilan d’une année d’activité.

Abdelaziz Bouteflika a profité de la traditionnelle signature de la loi de finances pour adresser un discours à la nation, dans lequel l’économie a pris la part du lion. De la politique, il y en eu, mais pas ce que la presse a annoncé quelques heures auparavant.

« J’ai dérogé aux règles qui font que la signature de la loi de finances se fasse en présence uniquement des membres du gouvernement pour vous associer à cet acte solennel et important pour la nation ». Abdelaziz Bouteflika, qui s’est adressé hier au palais des Nations, aux cadres de la Nation, voulait certainement sensibiliser tous les responsables de l’Etat sur l’importance de l’évènement et partant, des dispositions contenues dans le document. Au-delà des chiffres, extraits de la loi de finances elle-même, le président de la République s’est longuement étalé sur les réalisations durant son second mandat, sans omettre d’énumérer les performances de sept années de règne. Mais à côté de cela, Bouteflika n’a pas raté l’occasion de s’exprimer sur un sujet que tout le monde attendait depuis la fin du mois d’août dernier : la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, son cheval de bataille depuis son accession au pouvoir en 1999.

« Il est indéniable que le peuple a approuvé, dans son écrasante majorité, la Charte pour la paix et la réconciliation nationale », a déclaré le Président avant de rappeler les chiffres donnés par son chef du gouvernement, Abdelaziz Belkhadem, qui parle notamment de 8 000 dossiers d’indemnisation réceptionnés par les commissions de wilayas. Sur le plan politique, le chef de l’Etat a réitéré son option pour la réconciliation nationale, dont la charte constitue la dernière étape à ses yeux, en indiquant que « nos cœurs restent ouverts à accueillir ceux qui veulent revenir à la raison ». Et pour assumer ses choix, Bouteflika entonne : « J’assume mes responsabilités devant Dieu et le peuple ». Et de répliquer à ceux qui l’accusent d’avoir trop cédé aux islamistes : « Je ne suis pas venu en mercenaire ni pour vendre la République. Je n’ai jamais lésé les uns par rapport aux autres et la seule conscience qui me guide est l’amour de la patrie ». Pour clore le dossier, Abdelaziz Bouteflika a rappelé que la lutte « pour l’éradication du terrorisme se poursuit de manière acharnée ».

« Pas de bradage des entreprises stratégiques »

Même si cela arrive rarement, le chef de l’Etat a fait son mea culpa par rapport à la loi sur les hydrocarbures. « J’avais promulgué une loi sur les hydrocarbures avant de me rétracter, parce que j’avais remarqué que ce n’était pas un bon choix. Et il faut reconnaître ses torts lorsqu’on se trompe », a-t-il avoué, tout en annonçant une nouvelle orientation stratégique pour l’économie nationale. « L’ouverture sur l’économie de marché ne signifie pas le bradage des entreprises stratégiques du secteur public », a-t-il soutenu, avant d’instruire le gouvernement, notamment le ministre des finances – absent lors de la cérémonie- pour ne plus accorder de crédit supérieur aux actifs disponibles sur le marché national. « J’apprends ici et là que des personnes ont accordé des crédits faramineux à des personnes sans garantie. Il faut que cela cesse », martèle-t-il en direction du gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Lekcaci, et d’enchaîner sur un ton ferme que « nous ne pouvons plus continuer à être le copain de X ou Y ».

C’est également dans ce registre que le Président Bouteflika a touché au dossier sensible du régionalisme. Il révélera, sans citer de noms, que des ministres favorisent leurs wilayas d’origine en ce qui concerne l’affectation des grands projets. « Des ministres favorisent leurs wilayas au détriment d’autres plus défavorisées dans l’affectation des grands projets. Cela provoque un déséquilibre régional et génère de graves problèmes sociaux et politiques aux conséquences incalculables », a avancé le Président, qui appelle le gouvernement à respecter l’équilibre régional dans la programmation des grands projets structurants.

Ali Boukhlef

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