Poids de plus en plus insupportable

Partager

Chose paradoxale, les Algériens ne sont jamais aussi mécontents qu’à l’approche des fêtes comme celle de l’Aïd El Adha, fixée pour ce samedi.

A juste titre, une question taraude à cette occasion l’esprit de la plupart des pères de famille : peut-on acheter ce mouton dont le prix oscille entre 17 000 et 30 000 DA, quand on est quotidiennement obligé à cause d’autres dépenses faramineuses de serrer la ceinture jusqu’au os.

Interroger en fait, les citoyens de nos jours sur leur situation et chercher, par ricochet à savoir s’ils sont réellement capables de respecter le rite abrahamique – qui consiste à égorger un mouton en cet Aïd – passerait aisément pour une plaisanterie.

Il faut donc les traquer à leur insu, dans la rue, au souk, à la sortie de l’usine, au bureau. Allez savoir si l’on peut emprunter de l’argent pour l’achat du mouton en question, quand la plupart des familles n’arrivent même plus depuis belle lurette, à inviter leurs amis à dîner “franchement, l’endettement pour passer cet Aïd est une chose à éviter”, avoue un enseignant. “Car, on aura du mal à rembourser une somme aussi importante”. Et puis, à qui s’adresser pour espérer un emprunt ? se demande-t-il encore, avant de conclure avec sagesse : “Le mieux, c’est de se contenter du minimum en cette journée de fête.”

Ahmed, fonctionnaire à la wilaya, compte ses sous et se déclare, lui, déjà incapable de garantir le strict nécessaire avec sa mensualité, pour sa petite famille composée de cinq personnes. Et il dira à ses camarades : “Acheter un mouton, c’est priver ses enfants pendant quatre semaines de pain, de lait, de sucre, de café, de fruit et légumes, et autre commodités dont les coûts ont terriblement augmenté.”

Ses camarades, désabusés eux aussi, ne l’écoutent même pas. Ils ressentent que ça va mal autour d’eux. Mais ne peuvent rien faire. D’ailleurs, ils ne font confiance maintenant, ni aux syndicats, ni aux partis, ni aux associations. Personne ne défend dans ce pays le consommateur, y compris lors de la célébration des fêtes religieuses.

Signe de décadence : les revenus des couples travailleurs ne suffisent même plus, eux aussi, à faire vivre correctement une famille.

“Rien ne nous distingue pratiquement de nos voisins, simples fonctionnaires ou ouvriers dont les conjoints ne sont pas salariés – puisqu’à présent notre pouvoir d’achat a dangereusement dégringolé”, explique un couple universitaire.

Et ce couple-là n’est pas le seul à affirmer que l’Aïd ne peut être vécu, comme naguère, dans l’allégresse. Seule, une minorité dans ce pays est capable de dépenser à sa guise en toute circonstance. D’ailleurs, elle ne renonce jamais aux plaisirs de la vie, et s’invente d’autres délices, sans doute, superfêtatoires.

La crise économico-sociale perdure, et la masse des citoyens sent bien que les jours d’aujourd’hui sont moins souriants que ceux d’hier. les jours de l’Aïd, on fait semblait d’être joyeux. C’est tout…

Salim Haddou

Partager