Entraves aux commerçants à Tigzirt sur Mer

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En plus du climat de crise économique entretenu en dépit des réserves astronomiques en dollars du pays, les investisseurs locaux dans la daira de Tigzirt sur Mer, créateurs par ailleurs de nombreux emplois, font face à de multiples ruses de la part des bailleurs de locaux qui leur compliquent durement la tâche ce qui et parfois réduit considérablement leurs chance de réussite. Aussi, il n’est pas rare de voir que sur une courte période, un local peut changer plusieurs fois de mains et d’activité tellement les facteurs d’entraves sont nombreux et déterminants. Dans la cité balnéaire, le montant de la location d’un local ne descend que très rarement de la barre des 10 000 dinars le mois. Avec une exception pour les boutiques situées dans les centres commerciaux dont le prix tourne autour de 7 000 dinars le mois. Par ailleurs, dans la rue principale et la place du vieux marché qui composent le centre historique de de la ville, le prix de certains locaux atteint aisément les 15 000 dinars, et ce, pour une surface de plus ou moins de 20 m. « Une somme importante et difficile à réunir » pour les investisseurs, mais qui reste dérisoire aux yeux des bailleurs de locaux, « vue l’envolée mercuriale de nos jours » disent-ils. Donc, pour ces derniers, il faut tout faire pour éviter de céder le moindre centime.

Et pour y arriver, les ruses sont multiples. Mais, tout en détroussant l’investisseur, elles sont toutes orchestrées vers un seul but : échapper au fisc. Seulement, pour éviter de payer ce qui revient à cette administration dans le bail, il n’y a qu’une seule solution : tricher sur le montant réel de la location. En effet, le montant officiel du bail va du symbolique jusqu’à 20% en moyenne du chiffre réel mais n’atteint qu’exceptionnellement les 40%. Ainsi, le propriétaire du local se trouve loin des griffes du fisc tandis que l’investisseur, harcelé mensuellement, peinera à justifier ses dépenses et à prouver que sa marge bénéficiaire est des plus réduite. Pour mieux illustrer la situation nous avons approché certains commerçants de la ville de Tigzirt. Remarque : nous avons pris certains pour exemple parmi les locataires de locaux dont le prix est fixé à 10 000 dinars. Le premier, un libraire qui nous a affirmé que son bailleur avait déclaré sur le contrat la somme de 4 000 dinars. Le second, un vendeur du prêt à porter : 2 000 dinars sur le contrat et un KMS pour la même somme et ce, alors qu’un autre, gérant d’une entreprise de services, le montant est de … 500 dinars le mois. Comme on le voit, l’écart entre les deux montants est parfois abyssal et ainsi beaucoup d’argent échappe au fisc. Et au final, la situation embrouille davantage les cartes des investisseurs. Mais une question se pose : comment faire pour récolter la différence ? Au fait ce n’est pas difficile : chacun des locataires y va de son astuce. Il y a ceux qui font signer à leurs locataires la reconnaissance de dette portant le montant de la différence, d’autres exigent qu’elle soit versée en totalité avant d’entrer en activité et enfin, dans le cas où la confiance règne entre le deux parties les mensualités seront versées comme prévu officieusement. D’autres encore, par prudence, exigent le versement de la totalité du montant du bail et sur toute la durée du contrat avant la prise des clés du local « afin d’éviter toute mauvaise surprise après » notent-ils. Car, bien des locataires ont faussé compagnie à leurs bailleurs. Et ces derniers sont toujours déboutés par la justice dans ce cas de figure.

S’ils ont accepté ce marché « illégal », c’est que les locataires, qui étaient des chômeurs de longue date, n’ont pas vraiment eu le choix. De plus ils affirment tous que sur ce point les propriétaires sont intransigeants. Et la conjoncture ne joue pas en leur faveur dans l’état de crise actuelle du pays. Car, comme dit l’adage qui plairait aux bailleurs : un de perdu, dix de retrouvés.

Cependant, une fois en activité, l’euphorie cède la place au réalisme : les charges locatives deviennent difficiles voire impossible à honorer dans certains cas. En s’accumulant, elles handicapent sérieusement les prétentions du créateur d’entreprise. Et dans tout ça le fisc ne voit que du feu. Enfin, déduction : pour protéger l’emploi et récupérer ce qui lui est dû par la même occasion dans ce genre de transaction, l’administration du fisc doit mener ses enquêtes sur le terrain du bail afin d’aligner les impositions des bailleurs de locaux sur le montant réel qu’ils perçoivent. A défaut la fraude et la valse de la création et de la fermeture des entreprises ont encore de beaux jours devant elles. Les seuls perdants demeureront les jeunes…

G.M.

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