Les huileries chôment

La présente campagne oléicole est certainement la plus mauvaise enregistrée par les huileries de la localité de M’kira depuis très longtemps. « C’est vrai que cette année, la récolte oléicole est presque insignifiante comparée à la précédente à la même période, où notre aire de stockage n’arrivait plus à contenir tous les sacs ramenés alors que notre agenda pour les passer à la presse était déjà plein à la mi-octobre avec une cadence de travail de H24 soit avec trois équipes qui se relayaient », nous confie le propriétaire d’une huilerie.

Par ailleurs, si de nombreux citoyens de ces montagnes ne s’étonnent pas de cette situation car ils sont habitués depuis des lustres à n’avoir une bonne récolte que toutes les deux années, d’autres par contre imputent cela à la sécheresse. « Ce n’est ni la sécheresse ni autre chose pour nous comme pour nos ancêtres, nos oliviers ne sont pas tous les mêmes et ils produisent en alternance, ce qui fait que nous avons toujours de l’huile pour nos besoins », argumente aâmi Ali, un retraité qui se souvient de ces années noires où les oliviers pour manifester leur colère ont cessé complètement pendant sept longues années d’offrir les fruits noirs et leurs précieuses huiles dorées.

Après l’avoir prié de nous parler de cette sombre période, aâmi Ali, en passant d’abord sa main sur sa moustache fournie toute blanche, nous confie : « Il faut savoir qu’il y a entre les oliviers et tous les montagnards un pacte. Ainsi, les gens devaient s’occuper de leurs arbres, les chérir, les protéger, leur apporter les soins nécessaires alors qu’en contre-partie, ils recevaient une richesse immense et infinie », aâmi Ali s’arrête puis tout en nous fixant dans les yeux, nous demande si nous avions besoin d’un cours sur ces richesses immenses et infinies de l’olivier, nous lui fîmes savoir que nous étions loin d’être des ignorants et nous l’invitâmes à continuer.

« Malheureusement, les hommes sont ingrats et il est venu un temps où ils ont été corrompus pour justement les éloigner de leur héritage séculaire alors que les corrupteurs ne savent pas que l’olivier est immortel.  » Aâmi Ali s’arrêta, une façon pour lui de nous faire languir et il prend un malin plaisir à nous le faire sentir.

Nous le priâmes une énième fois d’accoucher plus vite, de ne pas mêler l’huile à la politique et de nous laisser partir à notre travail.

« Il faut écouter, nous conseille notre interlocuteur, mais puisque vous êtes pressé, je vais vous confier la cause exacte de la colère qui avait poussé nos oliviers à ne plus produire : il est arrivé un temps où tout le monde ne consommait que l’huile « sans goût », appelée Safia, dont le prix n’excédait pas 25 dinars les 5 litres. Alors, à vous de continuer votre papier et de tirer les conclusions, Monsieur le journaliste, qui n’a pas le temps d’écouter les gens et fichez-moi la paix maintenant ! ».

Essaïd N’Aït Kaci