»Les évènements de Kabylie ont eu un effet repoussoir sur l’investissement »

La Dépêche de Kabylie : A priori quel constat faites-vous sur l’évolution de l’investissement en Kabylie ?

Ould Rabah : La première réflexion qui me vient à l’esprit au vu de l’ensemble des données globales sur la situation générale qui prévaut en Algérie, particulièrement la situation antérieure propre à la Kabylie, une situation laquelle il faut le dire ne militait pas en faveur de l’investissement dans la région. Bien au contraire, ce qu’a vécu la région a eu un effet repoussoir sur l’investissement. Et au passage je tiens à rendre grâce quand même à certains investisseurs. Je citerai entre autres le promoteur d’une minoterie installée à Mekla, un autre à Azeffoun, et j’en passe… Ce sont ce que j’appellerais des militants de l’investissement, ils nous ont accompagné malgré cette période difficile.

En termes de chiffres, que représente la SOGI sur le territoire de la wilaya ?

On est présent à Fréha, Mekla, Drâa Ben Khedda, Moul Diouane, Azeffoun, Larbâa N’Ath Irathen, Aïn El Hammam, Boudjima, la SOGI a sous sa coupe exactement 11 zones d’activité, dont deux sont en cours d’acquisition. Il s’agit de celles de Azazga et de Drâa El Mizan.

C’est à dire ?

En d’autres termes, on est toujours en négociation avec les APC. Les payements ont été faits, et l’opération d’acquisition suit son cours. Mais sinon on a déjà dix permis de lotir, et on a les actes de propriété sur la totalité.

Qu’en est-il de la zone de Tala-Athmane ?

Les zones de dépôt de Tala-Athmane et celle de Tadmaït ne relèvent pas de nous. On ne les a pas acquises. Il n’y a pas eu le transfert que nous avons souhaité. On a fait des démarches auprès des ex-assemblées, on a demandé à ce que le transfert soit fait tout en posant nos conditions mais ça n’a pas abouti. Pour nous, pour que les transferts se fassent, il fallait procéder à un assainissement des situations, et ça n’a pas été admis. L’APC de Tizi Ouzou nous a même indemnisé sur l’étude qui a été faite par nos services pour l’évaluation, ou l’étude de la zone qu’on avait entamée.

Pourquoi à votre avis ?

Ce n’est vraiment pas mon problème. Moi j’ai dis que le transfert doit se faire dans de telles conditions. En principe on procède à un assainissement des comptes financiers, des comptes de gestion. On a dit que les parties prenantes doivent s’engager par conventions, et ça n’a pas été admis.

Et ça remonte à quelle année ?

A l’année 1994. Depuis on a réitéré le souhait de faire aboutir la concession mais c’est resté toujours à ce stade. Ceci dit, on a quand même une affaire de 2 500 000 m2, ce qui est conséquent. De ce chiffre on a quelque 1 405 000 m2 de cessibles. Donc mis en vente. On recense 869 lots sur lesquels on a affecté ou vendu 516, et 353 sont disponibles. Nous avons encore d’autres zones en projection, Azazga, et Drâa El Mizan en l’occurrence. En tout, on a engagé 211 millions de dinars sur les comptes de la SOGI pour la viabilisation des zones. Ce n’était pas chose facile. Mais la première contrainte pour nous a été de régler la situation juridique des zones, chose qui n’était pas évidente. Il nous restait ensuite à procéder à l’achèvement de la viabilisation. Tous seuls on ne pouvait pas réussir la mission, il ne faut pas se leurrer. On n’a même pas pu accéder aux emprunts bancaires. On en a demandé, j’ai même mis en hypothèque une zone, Fréha mais… Ce qu’il faut savoir c’est que la SOGI est une SPA (société par actions) dont la majorité est détenue par l’Etat. Elle relève de la Société de gestion de participation du centre. On avait alors monté un dossier sur la réhabilitation des zones industrielles, et il a été défendu par la wilaya, ce qui a permis à l’Etat de nous inscrire 30 milliards pour l’ensembles des zones y compris Tala-Athmane qui ne relève pas de nous. La SOGI a bénéficié de 25 milliards. C’était par l’intermédiaire du programme de l’année dernière. On a réceptionné l’enveloppe qui a été justement consommée dans la viabilisation des zones.

Mais auprès des investisseurs on sent quand même une certaine appréhension à aller de l’avant. Comment expliquez-vous ce manque d’enthousiasme ?

Le premier problème que rencontrait l’investisseur était l’acte de propriété, il ne se pose plus puisque les gens ont maintenant leurs actes. Le second avait trait à la viabilisation, et cette dernière est en cours d’achèvement. Les deux facteurs-clés sont donc réglés, et les appréhensions n’ont plus droit de persister. Ça été notre rôle en tant que membre du CALPI (Comité d’assistance à la localisation et à la promotion de l’investissement) de la wilaya de Tizi Ouzou. C’est une instance chapeautée par le wali. C’est après l’aval de cette structure sur l’opportunité d’un éventuel projet que l’investisseur vient chez nous pour signer les contrats.

Quelles sont les statistiques recensées en matière de projets concrets ?

Nous avons quelques 350 contrats signés sur lesquels il y a eu 196 demandes d’actes de propriété. 150 ont déjà été délivrés. C’est pour nous une avancée considérable dans la mesure où certains investisseurs avançaient cet argument pour expliquer leur non-empressement à concrétiser leurs projets. C’était dans le temps mais là ils ne peuvent plus s’appuyer là-dessus. Ils n’ont qu’à payer le prix du terrain, c’est entre 500 et 900 DA le mètre carré en hors taxes selon les zones, pour avoir leurs actes. Et on leur dit Allez-y, passez par l’ONDI, et vous aurez l’exonération de la TVA. Le nombre total de dossiers agréés par le CALPI était au départ de 900. Mais nous en sommes qu’à 350 qui ont signé des contrats avec nous. Le reste, ceux qui ont été annulés s’élèvent à quelques 592. Ils n’ont pas répondu au cahier des charges. Soit vous avancez et vous concrétisez votre projet, soit on annule le dossier. Et nous sommes encore en train de pousser les 350 à aller de l’avant, une échéance leur a été fixée dans le temps, sinon… Pour l’heure, nous avons 95 projets en cours de réalisation, et 26 déjà en activité. Nous pensons que nous aurons d’ici un ou deux ans 121 projets qui vont se concrétiser. Mais on a des soucis sur quelques 234 investisseurs qui n’ont pas lancé leurs projets. Et nous sommes en train de les interpeller pour qu’ils procèdent au lancement de leurs projets, faute de quoi, on sera contraint d’annuler les engagements contractés.

Mais quelles sont les raisons qui bloquent ces investisseurs à aller au bout de leurs entreprises ?

On a essayé de faire une enquête à notre niveau, on a même pris l’initiative de rendre ces investisseurs destinataires d’un questionnaire, malheureusement on n’a pas eu de réponse. Mais globalement l’argument qui nous est avancé au départ, c’était l’absence de l’acte de propriété, et la viabilisation qui faisait défaut dans les zones, et on a essayé de comprendre bien qu’il y a eu des unités qui ont démarré dans les mêmes conditions. Donc je dirais que les investisseurs potentiels qui ont voulu démarré, ils ont bien démarré malgré tout. Mais comme dirait l’autre, n’est pas investisseur qui veut. Certains ne sont pas plus que de porteurs de projets. Il y a aussi ceux qui ont rencontré des contraintes bancaires, des problèmes dans la mobilisations des financements… Je pense qu’on est face à un manque de culture entrepreneuriale car il fallait penser à une capacité financière qui devait être disponible dans l’immédiat.

Doit-on penser donc plus à une question d’incompétence que de malhonnêteté ?

Les mots sont peut-être un peu forts mais je pense que certains ont espéré tout à fait au départ à mobiliser une assiette de terrain destinée peut-être à la revente ou à une autre spéculation foncière. Or tous nos clients savent maintenant que tous les notaires sont avisés qu’il est strictement interdit d’inscrire même une promesse de vente concernant un terrain de la SOGI. Car dans les contrats établis avec les investisseurs, il est clairement mentionné que la cession est totalement interdite sans avis de la SOGI, et l’avis n’est accordé qu’une fois avoir réalisé la construction. C’est une option que nous consentons car on ne peut pas condamner éternellement le partenaire qui pourrait avec le temps se retrouver face à des contraintes financières ou de santé… Mais la vente du terrain en l’état est strictement interdite. Je ne vous cache pas qu’il y a eu des cas. On a procédé à des annulations sur des informations qui nous sont parvenues. Donc peut-être qu’au départ, il y a eu la vague de ceux qui ont pensé pouvoir spéculer mais ce n’est plus possible. Je crois que ceux qui sont restés avec nous sont pleins de volonté pour concrétiser leurs objectifs que nous partageons.

Beaucoup a été dit sur la difficile situation qu’a eu à traverser la Kabylie ces dernières années. L’activité économique l’a d’ailleurs subi de plein fouet. Peut-on parler vraiment aujourd’hui d’une relance amorcée ?

Je pense que je peux dire que oui. Lors d’une rencontre qu’on a tenue récemment à Draa Ben Khedda en présence de 70 investisseurs, ces derniers ont confirmé leurs intentions en signant même des engagements écrits de démarrer leurs projets. C’était en présence des maires, de chefs de daïras, je peux vous dire qu’il y a eu une adhésion unanime qui augure d’une belle relance. Et puis il y a quand même les 26 projets qui ont déjà démarré dans les conditions difficiles auxquelles vous faites référence. Ce n’était pas une mince affaire, et je rends hommage à ces investisseurs. Maintenant avec les 95 projets qui sont lancés, ce sont là des indices positifs. Parallèlement, on est en train de tenir des rencontres pour faire périodiquement le point et apporter des solutions aux problèmes qui se posent, et prendre les décisions qui s’imposent selon les cas.

L’année 2007 est déjà entamée. Quels sont les objectifs que vous vous fixez pour cette échéance ?

Notre objectif est que les 355 projets aient déjà tous leurs actes, leurs permis de construction. Aussi on espère céder et trouver preneurs potentiels pour les lots disponibles. Je rappellerai toutefois qu’on est en présence de projets PME, PMI, pas de très gros investissements, et bien entendu, l’opportunité est donnée à tout un chacun qui répond au cahier des charges sans distinction. Pour l’heure on a relevé que l’investissement prisé est dans le domaine agroalimentaire. Vient ensuite la transformation du bois, métallique, le créneau des chambres froides…et je citerais en particulier ce professeur en médecine, installé à Draa Ben Khedda, et qui a investi en produits périssables jetables, destinés aux hôpitaux. Il y’a aussi l’imprimerie « Aurassi  » qui a profité d’une belle extension. Il y a je dirais une panoplie de projets qui rassure. Mais il y a aussi d’autres qui nous posent problème. D’ailleurs on est en justice avec eux. C’est le cas à Larbaa N’Ath Irrathen où certains n’ont pas respecté le cahier des charges. On a affaire à certains qui ont déposé des dossiers au niveau du CALPI pour telle activité avant d’ériger autre chose. Donc quelque part il y a malhonnêteté de certains.

D’ailleurs on a eu gain de cause et ces gens-là ont été condamnés à une astreinte de 3000 DA par jour pour non application du cahier des charges.

Ce dernier est tout à fait clair et interdit toute cession, toute construction à usage d’habitation ou encore pratiquer une autre activité que celle déclarée.

C’est verrouillé au niveau de l’établissement de l’acte, c’est verrouillé à l’établissement du registre de commerce, et enfin il y a un huissier qui effectue un contrôle continu du projet dès son lancement. Maintenant que les bons investisseurs se manifestent.

Entretien réalisé par Djaffar Chilab.