Les aventures d’Ali

Partager

(1re partie)

Amachahou rebbi ats iselhouAts ighzif anechth ousarou.(Ecoutez, que je vous conte une histoire, Dieu fasse qu’elle soit belle, longue et se déroule comme un long fil).Il était une fois un homme prénommé Ali qui avait pris pour épouse une jeune femme de sa famille. Le couple vivait dans un dénuement complet. Un jour qu’il put avoir un peu d’argent, Ali se rend au marché dans l’intention d’acheter un « bouzelouf » (tête de mouton). Lui et sa femme adorent en manger. Cela fait des mois qu’ils n’ont pas goûté à ce met fort prisé. Comble de malheur, ce jour-là ig’ezaren (les bouchers) se sont donné le mot. Il n’y avait pas une seule tête à moins d’un douro (pièce de cinq centimes).Ali n’avait en poche que quelques centimes. Après avoir fait maintes fois le tour des bouchers, la mort dans l’âme, il se rabat sur quatre pieds de bœuf et un bout de queue plein de graisse.Faute de grives, il va se contenter de merles.Les pattes n’ont pas le goût du « bouzelouf » elles s’en rapprochent un peu.Sa femme qui s’attendait à manger du « bouzelouf » est déçue mais qu’à cela ne tienne, les pieds de bœuf feront aussi l’affaire. Ce n’est pas le moment de faire la fine bouche. En un tournemain, les pieds et le bout de queue étaient cuits. Le fumet qu’ils dégagent exhale dans le taudis une odeur énivrante qui donne l’eau à la bouche de la femme. Elle regarde à l’extérieur pour appeler son mari, mais elle ne le voit pas. Son estomac crie famine, ne résistant pas, elle se précipite sur le bout de queue et l’avale en quelques bouchées. Mise en appétit, elle dévore un pied, puis deux. Sur le point d’entamer le troisième, Ali rentre en trombe pour manger. Il avait recommandé à sa femme de ne pas toucher au bout de queue.Quand il ne le voit pas dans le plat, il s’écrit :- Andats chouit’ enni n jah’limth ?(Où est le bout de queue ?)- Oulach thajh’limth ay argaz !(Il n’y a pas de queue ô mari !)- Tu te moques de moi ou quoi ! Je la veux tout de suite !- Il n’y a plus de queue. Je crois que c’est le chat qui l’a mangée !- Si tu ne me la ramènes pas tout de suite « ad’ mthagh » (je vais mourir) !- Le chat l’a mangée, je l’ai vu sortir en courant.- Dans ce cas je vais mourir et te laisser ! Ali tombe à terre et fait le mort.Sa femme court avertir les voisins. Ils viennent tous et demandent à Ali de se relever.- Non, je ne veux pas me relever. Emmenez-moi au cimetière et enterrez-moi !Jouant le jeu suivant ses vœux, Ali est amené au cimetière pour y être enterré. En cours de route, il entend le boucher qui lui avait vendu les quatre pattes et le bout de queue, dire à son propos :- Pauvre malheureux, pas plus tard qu’hier je lui ai vendu des pieds de veau et un bout de queue !Entendant le mot bout de queue, Ali salive se lève de la civière et dit au boucher, ahuri :- Où est mon bout de queue ?Surpris, le boucher eut le souffle coupé. Son cœur flanche. Il meurt sur le coup. La tombe destinée à Ali change de locataire, c’est le boucher qui est enterré.On le blâme pour la mort du boucher. C’est sur ses pieds qu’il rentre chez lui.

Benrejdal Lounes (A suivre)

Partager