Celui-ci a été prolifique en révélations ahurissantes notamment pour savoir comment l’ex- milliardaire, toujours en fuite, Rafik Khalifa, puisait impunément des sommes mirobolantes dans cette même caisse sans aucun document comptable. Il a également affirmé avoir rédigé 11 écritures entre siège (ESS) représentant la somme de l’argent sortie de la caisse sans enregistrement. Appelé à la barre, Akli Youcef est interrogé par la présidente de du tribunal. « Pourquoi tu as refusé de remettre de l’argent à Réda Abdelwahab après l’établissement des 11 ESS ? », lui demande-t-elle. L’inculpé répond avoir refusé de lui remettre 5 millions de dinars sans écriture. Sur une autre question posée par Me Brahimi l’interrogeant s’il était sûr que Moumen Khalifa allait régler les 11 ESS, Akli réplique, sans trop convaincre, que c’est Khalifa qui a instauré cette pratique dans une allusion aux retraits sans justificatifs de sommes de la caisse principale. Invité encore une fois à s’expliquer sur le mode de fonctionnement de la caisse principale, Akli précise que des ESS accompagnent l’argent vers les agences. « On remplit un imprimé dans lequel sont consignés le nom de l’agence et le montant de l’argent avant de le signer au moment de la remise du sac. Je garde une copie pour moi », explique-t-il. Sur ce, la magistrate s’enthousiasme : « Je comprends qu’il y a des écrits et des documents, mais comment tu expliques lorsque le PDG te demande de préparer l’argent, c’est toujours toi qui t’en charges. Si le PDG t’a mis en tant que responsable, c’est parce que tu réponds docilement à ses demandes. Jamais tu ne convaincra la cour que tu étais en train de travailler dans un cadre légale.18 caissiers sont sous ta responsabilité », Mme Brahimi a rappelé à Youcef Akli que selon le procès verbal du juge d’instruction a affirmé avoir mis le déficit des sommes d’argent dans des documents compatibles en attendant d’avoir des justificatifs. Akli reconnaît que Smaïl Krim lui a ordonné de régulariser la caisse. La magistrate lui lance : « Comment faire vos comptes vis-a-vis de la Banque d’Algérie ? ». « Ce n’est pas de mes prorogatives », rétorque Akli. Sans hésiter, la présidente du tribunal lui demande s’il n’était pas intrigué par le départ précipité des membres de la commission d’inspection. Ce à quoi l’inculpé répond les avoir reçus 5 à 10 minutes avant de les voir repartir à nouveau. Il citera le nom de Madjid Agawa, Bakti et trois autres personnes dont il ignore les noms. Il avoue en même temps que Abdelhafid Chachoua l’appelait pour se rendre au siège pour lui demander de régulariser la caisse principale de la banque. Continuant les audiences, le tribunal a fait appel à Chebli Mohamed, sexagénaire, accusé lui aussi dans cette affaire. Celui-ci affirme avoir occupé le poste d’agent de caisse de l’agence de BDL de Staouéli entre 1995 et septembre 1998 avant d’aller travailler à l’agence Khalifa de Chéraga. Selon lui, la caisse principale de la banque n’était pas encore opérationnelle à l’époque. Interrogé sur la régularité du travail des caissiers, Chebli rétorque qu’ils repondent à la réglementation. Revenant à la charge, Mme Brahimi demande si des choses anormales se passaient. « Non. L’argent était entreposé à la salle des comptes. On le faisait ensemble avec Akli Youcef. On coordonne le comptage avec l’ensemble des caissiers. On fait le point et on donne les chiffres à Akli » Evoquant les ESS (les avis bancaires), la juge Brahimi assène une vérité. « Les ESS doivent être impérativement suivis de sommes d’argent », lance-t-elle. Interpellé sur ce point, Chebli révèle, comme pour enfoncer le clou, que les ESS non accompagnés de fonds atterrissent chez Akli. « A-t-il attendu que l’argent sorte de la caisse principale ? », interroge la magistrate. La réponse est négative avant de dire que Akli lui a remis les 11 ESS dans un brouillon pour les saisir et les signer et ensuite les envoyer à la comptabilité générale. Avait-t-il le droit de le faire alors que cela engage sa responsabilité ? Aussitôt, Chebli lâche que la comptabilité générale avait besoin d’écrits mais pas de fonds. La juge dit comprendre qu’il informe le service de comptabilité générale que cet argent a été saisi. Or que des sommes incalculables se sont volatilisées de la caisse principale. De son côté, Djellab Mohammed, gestionnaire provisoire de la banque Khalifa, est venu pour éclairer la cour, estime que son fonctionnement était anarchique et ne respectait aucune réglementation. “Il n’y avait pas de bilans, ni d’organigramme. La banque n’était pas régie selon les standards juridiques. » Pour illustrer ses propos, il dira que 4 milliards de dinars n’ont pas été versés à la Banque d’Algérie avant de révéler qu’après le travail de la commission d’enquête, tous les responsables de la caisse principale ont reconnu les manquements.
Hocine Lamriben
