La polémique reprend à Tizi Ouzou

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Près de cinq ans après leur départ, les gendarmes font toujours l’actualité en Kabylie. En organisant mardi dernier, une rencontre avec la presse, le colonel Salim Benazouz, commandant du groupement de Tizi Ouzou, n’a fait que relancer le sensible débat sur l’éventuel retour des hommes en vert.

Certes les formules consacrées sont “correctes” et bien choisies pour ne pas alimenter les tensions, toujours palpables, que le sujet suscite. Mais il est toujours question chez l’état-major de l’institution de “redéploiement” et de “lutte contre le terrorisme et la criminalité”.

Le groupement de gendarmerie de Tizi Ouzou, qui chapeaute six compagnies et une vingtaine de brigades territoriales couvrant les 67 communes de la wilaya, est aujourd’hui “amputé” de 14 brigades, ce qui se traduit par un taux de couverture de 29% seulement. Et c’est ces quelques données chiffrées qui sont justement mises en avant à chaque fois que la question du retour des gendarmes est ressassée.

De fait et au lieu de s’adonner à une polémique qui pourrait s’avérer stérile, ou carrément insensée, il serait plus judicieux de dresser un constat des faits pour mieux cerner le sujet. En date du 23 24 et 25 mars 2002, pas moins de 14 brigades territoriales de gendarmerie ont été “chassées” selon les archs où, “délocalisées”, selon l’institution militaire, de la wilaya de Tizi Ouzou.

Dans exactement deux petits mois, les localités concernées par le départ des gendarmes boucleront leur cinquième année sans les darkis. Il s’agit de Tizi Ouzou, Beni Douala, Azazga, Boudjima, Azzefoun, Maâtkas, Tizi Rached, Larbaâ Nath Irathen, Boghni, Bouzguène, Makouda, Mekla, Iferhounène et Aït Yahia Moussa.

Pour la petite histoire, il ne s’agit nullement des localités les plus réputées pour leur insécurité, loin s’en faut. Certains d’entre elles demeurent même sans gendarmes, de vrais havres de paix.

Pour revenir aux faits, il y a également lieu de rappeler que les critères de choix des unités “partantes” n’ont jamais été vraiment comprises par la Kabylie. Selon la formule consacrée de l’époque, toutes les villes où il y a eu mort d’homme verront leur brigade délocalisée. La ville de Tizi Ouzou n’a enregistré aucune victime.Pourtant les hommes en vert l’avaient quittée dès la nuit du 23 mars 2002. Paradoxalement, les localités de Tadmaït, Irdjen, Draâ Ben Khedda, Draâ El Mizan et Yakourène sont toujours pourvues de brigades en dépit du nombre élevé de victimes qui y a été recensé. Les faits en sont donc là, et ils durent depuis 60 mois. Entre-temps, les gendarmes continuent de parler de réouverture de brigades sans jamais parvenir à le faire, et les archs s’entêtent à afficher un refus catégorique à ce redéploiement sans être parfaitement certains de leur capacité à l’empêcher. Le vrai débat n’a donc pas eu lieu et les citoyens affichent toujours le même désintérêt pour la chose. “ça changerait quoi si nous passons cinq autres années sans les gendarmes, et ça nous ferait quoi si nous nous opposons à leur

retour ? Absolument rien ! …”

Cette phrase, lancée avec amertume par un vieux d’Azazga, résume on ne peut mieux la réaction de la rue kabyle, coincée entre ses tracasseries quotidiennes et ses… tourments de tous les jours.

Ahmed B.

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