Mine de rien et en un rien de temps, l’enseignement de tamazight est passé de l’improvisation, dans la précipitation, d’un ‘’projet » pédagogique à l’ambition de maîtriser les contours de la pédagogie de projet. Depuis Tajerrumt de Mouloud Mammeri et l’enseignement purement grammatical, à l’enseignement de techniques discursives en passant par l’enseignement thématique, tamazight a, du moins en surface, rapidement était rattrapée par les nouvelles méthodes et pratiques de l’enseignement moderne. Cette dynamique est, en partie, rendue possible grâce à l’investissement franc du HCA, notamment sa direction de l’enseignement et de la formation qui de tout temps était attentive à «Tamazight di lakul». Cet intérêt s’est toujours traduit par l’organisation de journées pédagogiques et autres formations au profit des enseignants comme cela sera le cas du 22 au 27 du mois en cours. Cette fois-ci, le HCA, en collaboration avec l’AMAP, l’université Paris VIII et les inspecteurs de tamazight, invite enseignants et inspecteurs à une formation portant sur le thème générique «La pédagogie de projet».
Cette nouvelle approche dite «La pédagogie de projet» suppose la modification du triangle didactique « enseignant – élève – savoir ». En gros, cette formation prévue par le HCA a pour objectif de faire comprendre que l’enseignant n’est plus celui qui transmet magistralement des savoirs et que l’élève n’est plus le sujet, plus ou moins passif, qui ‘’subit » un apprentissage par placages successifs de notions. En faisant sienne cette nouvelle approche, l’enseignant doit renoncer à la situation magistrale, tenir compte des besoins et des intérêts des élèves, ouvrir l’école vers l’extérieur, négocier avec les élèves le projet….
Autrement dit, l’enseignant n’est plus le seul acteur en classe ou encore moins cette fiche technique dont le seul souci est de noircir le tableau. En situation de projet, l’enseignant est «médiateur, catalyseur et orienteur».
On est loin de «Quelle graphie pour tamazight ?», ce débat désuet où les uns ont toujours raison et les autres n’ont jamais tort. Tant mieux.
Cela dit, cette «Pédagogie de projet» et tout ce qu’elle suppose comme concepts qui sonnent à la mode, est-elle à la portée de l’écrasante majorité des enseignant de tamazight ? Sont-ils formés pour prendre le temps de «connaître leurs élèves, être à leur écoute de leurs intérêts et de leurs besoins personnels et collectifs» ?
On demande trop à un enseignant de tamazight qui, à vrai dire et contrairement aux enseignants d’autres langues, n’a pas été sérieusement formé pédagogiquement par le M. E et il est heureux s’il arrive déjà à maîtriser les axes syntagmatique et paradigmatique. On demande trop à un enseignant d’une langue dont le statut n’est toujours pas défini. La bonne foi du HCA et celle de l’enseignant ne changent rien au fait que quelque part on brûle les étapes et on encombre davantage l’enseignement tamazight de concepts qui pourraient l’étouffer.
Par ailleurs, cette «Pédagogie de projet» exige que l’élève devienne acteur, actif dans le montage du projet que Phillippe Meirieu compare à un spectacle. Un spectacle dans lequel l’élève est censé jouer le premier rôle. Le professeur en sciences de l’éducation estime que «lorsqu’on monte un spectacle, ce n’est pas au bègue qu’on confie le premier rôle, alors même que c’est lui qui en profiterait sans doute le plus».
T. Ould Amar
