Un par un, les anciens imams quittent les mosquées, soit mis à la retraite pour certains d’autres ont disparus à jamais emportés par la mort.
La région de M’chedallah enregistre depuis environ deux ans l’arrivée d’une vague de jeunes imams en totalité recrutés hors-région.
Inexpérimentés, ces nouveaux imams se contentent de diriger les prières sans plus, les mosquées sont devenues de simples salles de prière et ont perdu toute influence sur la société civile. Finie l’époque ou un imam jouissait d’un statut de…juge de paix, d’arbitre et même de psychologue pour les désespérés et les névrosés.
La majorité des problèmes de la société ou du village n’arrivent jamais en justice car solutionné localement par l’imam auquel les citoyens font appel pour n’importe quel litige de voisinage, d’héritage et même pour des problèmes de couples ou entre membres d’une même famille. L’ingérence de l’imam signifie la fin du conflit quelle que soit sa nature.
En Kabylie, accepter l’arbitrage et respecter la décision de l’imam revêt les caractéristiques d’une culture bien ancrée dans les us et coutumes car héritée de nos ancêtres qui, par ce procédé, évitent d’exposer leurs problèmes aux tribunaux du colonialisme, rituel strictement respecté durant toute la période du colonialisme et même fort longtemps après et que même des sanctions sont prises à l’encontre de ceux qui se rendent devant les tribunaux français.
Par exemple, une femme (ou ses parents) qui s’adresse à ces tribunaux pour obtenir le divorce n’est plus demandée en remariage et terminerait le reste de ses jours en célibataire, un fardeau et une honte pour ses proches alors que bien d’éclatements de familles ont été évités grâce à l’intervention de l’imam, des imams qui, par la force des choses ont acquis une solide expérience et un savoir-faire pour affronter le plus complexe des litiges.
Si aujourd’hui les tribunaux croulent sous le poids des dossiers dans ce sens, c’est à cause de l’effacement de ces hommes de culte, pieux et droits, vénèrés par tout le monde. Même si aujourd’hui encore, aucune loi n’interdit aux actuels imams de continuer cette noble mission de « bons offices », le net recul observé par les mosquées dans le règlement des conflits des citoyens est en grande partie dû au manque d’expérience de ces nouveaux imams et même à leur manque de motivation et d’intéressement à ce qui se passe autour d’eux.
Ces imams arrivistes d’abord très jeunes, donc manquant de maturité ; ensuite, ils sont ramenés hors région ignorant totalement les us et coutumes locales dont chaque région a sa propre spécificité.
Omar Soualah
