Les aventures d’Ali

Partager

(2e partie et fin)

A sa femme, il dit :– C’est à cause du bout de queue que tu as mangé que le pauvre boucher est mort et enterré !- Je regrette, mon ami, dis plutôt que c’est à cause de ta lubie que ce pauvre homme est mort et enterré !- Je crois que nous sommes tous les deux des fous (d’imahval). Pour ne pas envenimer la situation entre nous, je vais m’absenter quelques jours et courir la contrée pour voir s’il y a des gens aussi fous que nous !- Bonne idée, cher ami, vas-y !Ali se met à errer par monts et par vaux. Un jour il trouve une femme en train de puiser de l’eau avec une cupule de gland (thachachith ouveloudh)Il la regarde faire, hoche la tête et il dit :-Thamet’touth agi thahvelAm thine isâigh d’eg oukhamO k’houç its laâqelS-ethchachith thetsâmir aman !(Cette femme n’a pas tous ses esprits, elle est pareille à celle que j’ai épousée, elle est simplette. Avec une cupule, c’est difficile de remplir un ustensile).Ali passe son chemin et rencontre une jeune femme qui avait passé toute une nuit à danser dans une fête.Exténuée, elle rentre chez elle pour somnoler. En voyant Ali, elle lui dit :- Snagh-k k’etchini ! (Toi, je te connais !) Mon sac plein de bijoux m’alourdit, je te le confie. Ce soir, j’enverrai mon mari pour le récupérer. Mais en arrivant chez elle sans son sac son mari la gronde. Pour le rassurer, elle lui dit :- Efkigh-th i Ali !(Je l’ai laissé chez Ali !)- Qui est cet Ali ?- Moi, je le connais !- Si toi tu le connais, moi je ne le connais pas ! Où est-il en ce moment ?- Je l’ai laissé sur le chemin, il ne doit pas être bien loin. Il est habillé d’un burnous blanc et porte un panier à provisions (thaqechoualt)- Idiote que tu es, si je ne retrouve pas tes bijoux, je vais te répudier. On ne confie pas ses bijoux à un inconnu !L’homme en colère selle sa mule (zayla) et part au galop à la recherche d’Ali. Ce dernier, le voyant venir à vive allure pense que c’est le mari. Sans être vu, il jette son panier derrière un buisson et rebrousse chemin.En le croisant, le mari lui dit :- N’as-tu pas rencontré un homme habillé à peu près comme toi, mais portant dans ses mains un panier ?- Je viens juste de le rencontrer, il a pris un raccourci. Si tu veux le rattraper va à pied, traverse ce champ de blé.L’homme ne se fait pas prier. Pour ne pas être gêné, il confie à Ali sa mule qu’il récupérera après. Il se lance à la poursuite d’Ali qu’il ne rattrapera jamais. Ne sachant plus où le chercher, désappointé le mari abusé retourne sur ses pas pour récupérer sa monture. Arrivé à l’endroit où il avait laissé Ali avec sa mule, il est surpris de ne pas le trouver.Naïf qu’il était, il se dit qu’il est allé faire un tour avec sa mule et qu’il ne tarderait pas à revenir. Il l’attend. Comme la nuit commençait à tomber, pour se signaler, il allume un feu à côté d’un champ de blé.En voyant de loin le feu allumé, le propriétaire du champ se dit que celui qui l’a allumé est un fou qui risque de brûler tout.Aveuglé par la colère, il se précipite sur lui et avec un gourdin, lui fracasse la tête pour le punirPendant que le drame se jouait, Ali rentrait tranquillement chez lui à dos de mule et avec le sac plein de bijoux. Sa traversée du désert l’a enrichi. A sa femme il dit :- Oufigh thilaouin tsimahvaloufigh irgazen d’-imahvalak’ther negh d’imahval(J’ai trouvé des femmes folles, des hommes fous, plus fous que nous… Puisqu’on est fous et les gens sont fous, restons entre nous !). »Our kefount ethhoudjay inouOur kefount irden tsemzine. As n-elaïd anetch aksoum tsh’emzine ama ng’a thiouanzizine. »(Mes contes ne se terminent comme ne se terminent le blé et l’orge. Le jour de l’Aïd, nous mangerons de la viande et des pâtes, jusqu’à avoir des pommettes rouges et saillantes).

Benrejdal Lounes

Partager