Mots pour maux

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Les événements marquant la scène nationale et internationale ne manquent pas de donner le tournis aux plus passionnés du suivi de l’actualité. En tout cas, ils ne laissent pratiquement aucun répit pour une appréhension sereine des faits, des situations et des grandes tendances. Ces dernières, autrefois apanage des revues spécialisées, sont aussi prises en charge depuis quelques années par les chaînes satellitaires d’information en continue. Mais, la tradition de mémoires et analyses connue en Europe depuis au moins le 18e siècle continue son bonhomme de chemin. Ainsi, d’anciens hommes politiques, responsables de l’économie et de l’administration se mettent à l’écriture dès leur retrait de la vie active, et parfois même avant.

L’élaboration de l’information et sa transmission par n’importe quel canal étant en fait une mise en forme de faits et événements dans une version écrite, orale ou iconographique. La fidélité aux faits établis et l’objectivité dépendent aussi bien du support que du messager. Une information à laquelle manquerait l’évocation du contexte politique, social et culturel peut-elle être complète ? Des nouvelles non suivies de commentaires apportent-elles tout l’éclairage nécessaire à la compréhension des faits ? Mais, objectera-t-on, où se termine l’information et où commence le commentaire ? La première est sacrée, le second est libre.

Dans ce petit abécédaire, le commentaire prédomine, car le fait est supposé connu.

Ahmedindjad :

On ne saura pas avant longtemps ce qui s’est passé ce mardi 16 janvier à l’aéroport Houari- Boumediène d’Alger. Alors que tout le staff protocolaire piaffait d’impatience de voir l’ancien maire de Téhéran atterrir à Alger après une tournée en Amérique latine, grande fut la surprise de tout le monde lorsqu’on annonça que son médecin traitant lui aurait déconseillé l’escale d’Alger. Avec tous les dossiers iraniens épluchés par les Occidentaux (enrichissement de l’uranium, soutien au Hizbollah libanais, liens interlopes avec la Syrie, organisation à Téhéran d’une conférence révisionniste sur la Shoah ), l’on ne peut pas éviter une lecture politique de cette défection qui s’assimile à une ‘’infréquentabilité’’ soudainement décrétée du leader iranien. Terre de mystère, l’Algérie l’est certainement.

Algérie :

Un nom malmené par les propres enfants du pays dans une réaction de dépit menant à la haine de soi. Le complexe du colonisé fait que tout ce qui est algérien est déprécié dans une espèce de dérision qui fait mal. Lorsqu’on se résigne à la bureaucratie ou à la médiocrité, on soupire : Eh oui ! C’est l’Algérie !

‘’Tu es en Algérie !’’ signifie ‘’ tu dois admettre ce qui t’arrive ; il ne faut pas trop chercher à comprendre’’. Lorsque quelqu’un revendique ses droits par des moyens légaux et réglementaires, on lui fait l’observation :’’Tu ne vis pas en Algérie, toi ?’’.

Devenue synonyme d’arbitraire, de grande prison et de cour du roi Pétaud, l’Algérie n’est même pas ménagée quand on découvre sur son territoire un coin de beauté, propre et attirant :’’On dirait qu’on n’est pas en Algérie !’’.

Alphabétisation :

Le pari lancé par Boubekeur Benbouzid, ministre de l’Éducation nationale le mois de novembre dernier en présentant un projet d’alphabétisation à grande échelle qui enlèverait aux citoyens ‘’le droit d’être des ânes’’, selon la formule crue de Fidel Castro, est d’une si fascinante ambition que l’on voudrait croire tout de suite à sa faisabilité. L’échéance arrêtée par le ministre est 2016. À cette date, l’inamovible membre du gouvernement voudrait effacer toute trace d’analphabétisme dans notre pays. Nous avons souvenir d’un projet d’un de ces prédécesseurs à ce poste, en l’occurrence le légendaire Kharroubi, qui, le plus sérieusement du mode, nous promit, au milieu des années 80, que l’École fondamentale produirait en l’an 2000 des Mozart et des Beethoven ! Pas moins. À l’époque, le ridicule ne tuait pas. La preuve, Kherroubi a succédé à feu Lacheraf, ce dernier étant évincé suite à des pressions venant des baâtistes après quelques mois d’exercice. Aujourd’hui, attendons pour voir. L’ampleur de l’entreprise, comme l’avoua Benbouzid, dépasse le cadre du ministère de l’Éducation. Les premières estimations financières d’un tel projet sont très approximatives, insinue-t-il. En tout cas, assure-t-on au niveau de ce département ministériel, le problème de l’argent ne se pose pas. Mais, comme on peut le remarquer, les données de base ne sont pas des plus sûres : on se base sur le chiffre officiel qui arrête le nombre d’analphabètes à 7 millions de personnes. Avec le niveau actuel de l’enseignement, posons la question de savoir qui est analphabète et qui ne l’est pas.

Banlieue :

Les banlieues françaises se sont enflammées pendant des mois en 2005. Le chaudron banlieusard s’est mis à bouillir d’une façon quasi incontrôlable jetant la classe politique française dans une rare stupéfaction. La nature et les mécanismes de la révolte sont à mille lieues de l’agitation de mai 1968 même si les actions physiques en rappellent quelques traits. En effet, en lieu et place de manifs conduites ou encadrés par des étudiants ou intellectuels de la trempe de Cohen Bendit ou Jean-Paul Sartre, la France officielle, hautaine, imbue de sa stature et trop sûre d’elle-même, découvre une rébellion sociale, nouvelle version de la jacquerie du Moyen-Âge européen, spontanée, contagieuse qui, tout en étant inorganisée, est animée par le même feu de la revanche des gueux, seul fil conducteur détecté jusqu’à présent dans les cités-ghettos d’Ile-de-France.

La banlieue, thème récurrent des campagnes électorales françaises- dans le sens de sa diabolisation ou, au contraire, de sa magnification trompeuse par de fausses promesses- crache aujourd’hui sa colère et sa lave ignée contre les stratégies politiques qui ne se sont servies de ce dossier que comme arme de chantage électoral à dresser contre les adversaires politiques.

Le principe d’appuyer ‘’là où ça fait le plus mal’’ est érigé en argument politique souvent payant dans l’immédiat, mais explosif à terme.

En décidant de marcher sur les plates-bandes de l’extrême-droite lepéniste- qui a eu jusqu’à présent le triste apanage de diaboliser la banlieue et tous ceux qui ne savent pas chanter La Marseillaise-, le tonitruant et sulfureux Nicolas Sarkozy a tenté de tracer au bulldozer le chemin censé le conduire vers la présidence française.

Braconnage :

Les derniers braconnages ayant pour objet des espèces animales en voie de disparition (protégées par la législation algérienne et internationale) ont eu lieu il y a quelques semaines dans la région de Brézina, 100 km au sud de la wilaya d’El Bayadh. Ce sont les notables orientaux qui se sont fait prendre la main dans le sac en train de décimer les derniers sujets précieux de cette région qui fait jonction entre les Hauts-Plateaux et le Sahara. Sont ciblées principalement les outardes et les gazelles. La première espèce est particulièrement recherchée pour son foie qui serait, selon les connaisseurs expérimentés du Golfe, un efficace aphrodisiaque pour les vieux cœurs blasés par des mariages répétés. En tout cas, le foie de l’outarde ne présente aucune contre-indication contrairement au Viagra connu comme un potentiel hypertenseur.

Mais ce qui a surtout attiré l’attention des observateurs, c’est l’arrestation de ces délinquants par les services de la Gendarmerie nationale et leur traduction devant la justice; car, jusqu’à un passé récent, on prête à ces étranges visiteurs des appuis au niveau de la présidence algérienne. Et si ce n’était qu’une pure affabulation ou une subtile ruse de guerre !

Capitale :

Alors qu’Alger prend les couleurs de ‘’Capitale de la culture arabe’’ pour 365 jours (en calcul hégirien, cela fera un peu moins, c’est-à-dire 354 jours), Tizi Ouzou est capitale du Djurdjura (dixit une publicité sur la radio Chaîne II) pour quelques jours, le temps que durera le festival arabo-africain de danse folklorique qui s’y déroule actuellement. Avec tous les respects que l’on doit à toutes ces cultures d’Afrique et du monde arabe, au génie populaire des contrées considérées et au principe d’échanges culturels, on ne peut s’empêcher cependant de s’interroger sur la validité d’activités temporaires de prestige, payées en monnaie sonnante et trébuchante, dans un pays gagné depuis des années par une torpeur légendaire. Les citoyens ont trop souffert de la politique culturelle de conjoncture, débitée par à-coups : Salon international du livre dans une société où presque aucune institution, à commencer par l’école, ne joue son rôle dans la promotion de la lecture ; séminaires sur le patrimoine culturel matériel et immatériel dans un pays où les pièces archéologiques et de musées sont acheminées vers les frontières, et où des sites antiques sont accaparés par des pontes pour la construction de leurs villas. Qu’est-ce que coûtera par exemple la réédition des Fichiers de documentation berbère (FDB), mis un certain moment sous scellés, par rapport aux sommes déboursées dans les festivals et autres opérations de prestiges ?

Eau :

Une déplaisante ironie a voulu que l’Algérie ait envisagé en 2002 d’importer de l’eau à partir de Marseille par le moyen de bateaux-citernes avant que le ministère des Ressources en eau n’établisse un programme de dessalement de l’eau de mer par unités monoblocs éparpillées sur les principales villes côtières du pays. On a quelque peu tendance à oublier ces mesures extrêmes prises par les pouvoirs publics dans un moment de panique causée par la sécheresse de la saison 2001/2002. On oublie, pour la simple raison que les quatre dernières années ont été si généreuses que l’on a eu même à se plaindre, en hiver 2004, de l’excès de pluviométrie ! N’est-ce pas que nous sommes devant un paradoxe algérien sui generis ? Le ‘’mystère’’ de l’échec en matière de planification et de gestion de l’économie de l’eau est un secret de Polichinelle fait d’incompétence, d’un étrange déficit du sens de la prospective et d’un esprit stupidement rentier. Il est vrai que l’on a essayé de se rattraper au cours des deux dernières années par le lancement de plusieurs projets de grandes infrastructures hydrauliques (barrages, retenues collinaires, forages,…). Mais, le problèmes des fuites dans les réseaux de distribution n’est pas encore sérieusement pris en charge. On estime à plus de 40% le taux de déperdition de l’eau dans les conduites. La faible pluviométrie de la saison 2006-2007 doit pouvoir apporter de l’eau au moulin de la réflexion dans le département de M. Sellal.

École privée :

L’ordonnance fixant les règles générales relatives à l’enseignement dans les établissements privés d’éducation et d’enseignement mise en application en 2006 est vécue par les promoteurs de ce genre d’enseignement comme un couperet qui vient mettre fin à une expérience exaltante et combien indispensable dans l’étape actuelle où tous les regards- celui des acteurs économiques en quête d’encadrement efficient et celui aussi de toute la société assoiffée des grands valeurs culturelles et éducatives- se trouvent braqués sur l’institution scolaire dans laquelle le pays et toute la société voient une véritable planche de salut.

Des questions d’une déroutante simplicité- et qui n’échappent nullement à nos décideurs politiques- s’imposent à l’esprit devant une gestion qui s’apparente à une stupide politique de fait accompli : si l’école privée doit s’aligner rigoureusement sur les programmes du ministère de l’Education qui ‘’sévissent’’ dans l’école publique et si, de surcroît, ces programmes doivent être enseignés en arabe, quelle serait la raison d’être de l’école privée ? Convenons que c’est une façon qui ne souffre aucune équivoque de signifier à ces établissements leur fermeture pure et simple.

Car, que l’on se pose maintenant la vraie et dérangeante question, celle qui constitue l’essence même de la problématique de l’école privée algérienne : si l’école publique avait les vertus d’une école moderne ouverte sur l’économie et l’universalité, si ses diplômés pouvaient s’insérer fièrement dans les nouveaux circuits économiques dominés par les nouvelles sciences et les technologies de pointe, quels sont ces Algériens- généralement de classe moyenne- qui feraient de drastiques sacrifices sur leur train de vie pour envoyer leurs enfants dans des établissements privés ?

L’idéal serait la réhabilitation de l’école publique algérienne dans ses fonctions d’éducation et de formation et cela dans l’acception la plus large des termes. Au moment où le capital national montre des disponibilités à l’investissement productif et dans une phase où les hautes autorités du pays appellent de leurs vœux les investisseurs étrangers à fructifier leurs capitaux en Algérie, l’école algérienne n’a rien fait pour accompagner ce mouvement inéluctable de l’histoire sociale et économique du pays. Pis, on continue à prodiguer les programmes quasi liturgiques concoctés par les conservateurs des années 1980 : hégémonie des programmes religieux, récitation mécanique des versets coraniques, vision apocalyptique de la vie avec tous ses corollaires comportementaux à la limite de la schizophrénie, présentation imbue d’une idéologie rétrograde de l’histoire et de la géographie, méthodologie inadaptée pour l’enseignement des sciences et des mathématiques, volume horaire réduit en peau de chagrin pour les langues étrangères,…et la liste est trop longue. L’école algérienne forme des chômeurs en puissance, dans le meilleur des cas, et de dangereux prosélytes dans les pires situations.

Le traitement du dossier lié à l’école privée mérite certainement des méthodes moins expéditives et surtout un regard critique et novateur sur l’école publique de façon à rester en phase avec la marche du monde moderne et les défis qu’il ne cesse de lancer à des pays pleins d’énergies et de potentialités comme l’Algérie. Toute autre démarche relèvera, à n’en pas douter, d’une dérive coupable.

Guantanamo :

Il paraît que des Algériens- anciens afghans- y sont maltraités par des matons américains. Mais combien ils se sentiraient soulagés s’ils apprenaient le calvaire de tous les candidats malheureux à l’émigration, de tous les candidats au suicide et qui ont franchi le pas et de tous les harragas noyés ou arrivés en loques à …bon port !

Khalifa :

Au début, on ne parlait pas de l’empire Khalifa mais d’une réussite sociale dans la nouvelle Algérie qui commençait à respirer le libéralisme. Notre Crésus national, par un renversement des alliances et un travail de maîtres-chanteurs bien aguerris, sera révélé sous son vrai visage de porte-parole et de prête-nom d’une mafia abritée dans les loges de la nomenklatura. Lorsque l’idée d’une commission d’enquête surgit à Paris, un collègue de la DDK bien inspiré intitula sa chronique : ‘’Enquête à Paris, sueurs à Alger’’. Le procès en cours au tribunal de Blida n’a apparemment mis au jour que des lampistes et des porteurs de sachets noirs. L’Algérie continuera à broyer du noir devant tant d’inconsistance. Avec l’affaire ‘’Khalifa’’, l’Algérie et son projet de réformes économiques auront sans doute perdu en crédibilité et en capital confiance plus que n’auront perdu le Trésor public et les clients de Khalifa Bank en espèces sonnantes et trébuchantes. Quels que soient les circonstances et les acteurs de ce qui est appelé ‘’la grande escroquerie du siècle’’, ses répercussions sur la conduite de la politique économique et financière de notre pays dans les prochaines années seront longuement ressenties. Ses ondes de chocs risqueront de happer -outre les lointains complices faisant partie d’une pyramide qui commence à s’écrouler- les efforts des autorités nationales tendus vers la réhabilitation et le renforcement des instruments de financement de l’économie dont la colonne vertébrale est incontestablement la banque.

Pendaison :

Lorsque le ridicule ne risque pas d’étouffer ses auteurs voilà ce qui se passe. Sur l’historique terre de Mésopotamie, le gouvernement El Maliki introduit la télévision d’État dans la salle où devait être pendu Saddam Hussein. La scène a été filmée depuis le déplacement de l’accusé de la salle d’attente, flanqué de gardiens encagoulés, jusqu’aux premiers cliquètements de la corde nouée autour du cou de Saddam. Les autres chaînes TV du monde eurent la tâche facile ; il suffisait de reproduire les images de la télévision publique irakienne pour arroser la planète du lugubre spectacle moyenâgeux. Mais, en termes de diversion, le gouvernement irakien est passé champion : il a mis en place une commission d’enquête pour identifier celui qui a ‘’osé’’ continuer à filmer à l’aide d’un téléphone portable le reste de la scène jusqu’à l’affalement de l’ancien président. Comme si la morale et la décence étaient saufs jusqu’au surgissement de l’ ‘’énergumène’’ qui a osé…

Prix de référence (du baril de pétrole) :

Etalon-mesure servant à l’élaboration de la loi de Finances algérienne. Fixé officiellement à 19 dollars depuis la grande récession des prix du pétrole, cet étalon ne plaît pas à tout le monde particulièrement depuis qu’il commence à devenir insignifiant devant le prix réel de la bourse pétrolière. Les Algériens, en voulant dévorer les bas de laine- qui, soit dit en passant, sont scellés dans un coffre intitulé ‘’Fonds de régulation des recettes’’-, seraient-ils devenus partisans du mauvais adage ‘’Hyini lyoum wa qtalni ghedwa’’ ?

Révision constitutionnelle :

L’on savait, depuis l’accession de Bouteflika au pouvoir en 1999, qu’un profond amendement du texte fondamental du pays était inéluctable. C’est lui qui disait qu’il ‘’n’aimait pas la Constitution actuelle’’ ayant établi un système politique ‘’à mi-chemin entre le régime présidentielle et le régime parlementaire’’. On doit lui reconnaître d’ailleurs la franchise de ses positions quitte à ne pas les faire siennes. En revanche, l’excès de zèle du FLN en la matière offre moins de lisibilité. L’ancien parti unique a passé toute l’année 2005 à faire état du travail de ses ‘’commissions’’ pour préparer mouture sur mouture d’une nouvelle Constitution qu’il ‘’propose’’ au président de la République. Les luttes intestines au sein de la boiteuse Alliance ne sont certainement pas étrangères à ce charivari. L’éviction d’Ouyahia et l’adoubement de Belkhadem n’en sont probablement que la partie visible de l’iceberg du sérail. L’avocat Aït Larbi est convaincu que l’enjeu de la révision constitutionnelle réside dans la désignation (ou l’élection) d’un vice-président de la République. Les appréhensions sur l’éventualité de l’option Ouyahia ne sont pas loin. D’où, commente-t-on au Landerneau algérois, le report sine die du référendum.

Séisme (et enseignement) :

En matière d’innovation par rapport aux programmes de l’éducation traditionnelle, la prévention des risques sismiques est la deuxième expérience que le département de Benbouzid compte introduire dans notre système éducatif après l’enseignement des droits de l’Homme. À propos de cette dernière matière, quelle enseignement peut-on en tirer depuis son introduction dans certains établissements ? Aucun bilan n’a encore été établi par les pédagogues ou par les pouvoirs publics pour connaître l’impact d’une discipline hautement citoyenne qui est censée contribuer à la formation de l’Algérien de demain. De même, l’importance de la connaissance des mécanismes géologiques qui sont à la base des tremblements de terre et les méthodes de prévention tendant à en minimiser les dégâts sur la vie humaine sont des éléments importants dans la formation scientifique qui doit faire dépasser à nos écoliers l’ ‘’âge théologique’’ (selon l’expression d’Auguste Comte) où tous les phénomènes méconnus étaient ramenés à une fumeuse mystique. Cependant, d’autres matières dispensées à nos écoliers- et qui ont une cote surestimée aussi bien chez les décideurs que chez le corps enseignant- font tout le contraire, c’est-à-dire un travail de sape qui tirent l’élève vers le bas. Les cours d’éducation islamique, les leçons d’histoire et même les modules de langue arabe ont fini par avoir raison de…la raison, en ce sens qu’ils développent souvent un discours suranné qui consacre la fatalité-pis que cela, ils culpabilisent la société- face aux phénomènes naturels tels que les inondations, la sécheresse et les séismes, comme ils suintent un dogmatisme médiéval devant le droit à la différence qui est l’un des piliers de l’esprit des droits de l’Homme. L’on ne peut jouer sur les deux registres- un savoir religieux dépouillé de toute dimension scientifique et des préoccupations pédagogiques saines tendant à former un citoyen responsable- sans courir le risque de créer chez nos potaches névrose et schizophrénie.

En réalité, la sismologie et les droits de l’Homme ne doivent pas être un luxe pour nos écoliers à condition que l’institution scolaire se débarrasse des scories d’une pédagogie mystique au profit de la raison.

Société civile :

Outre les imitations, forcées et sans prolongement pratique dans la vie quotidienne, dont lesquelles sont passées championnes la plupart des anciennes colonies pour asseoir les nouveaux États issus des indépendances, la parodie a aussi gagné une frange de la pseudo-intelligentsia qui s’échine à trouver corps, sur la terre d’Algérie, à des concepts occidentaux malmenés dans leur signification la plus simple.

Il en est ainsi de la ‘’société civile’’, promptement assimilée par les uns aux anciennes organisations de masse, et par les autres aux nouveaux appendices de partis politiques, un magma d’associations et de groupements interlopes.

Ce sont un style et un discours pratiqués par les médias publics et des titres privés sans ‘’s’inquiéter’’ des écarts conceptuels ou des torts faits à la langue et surtout à l’idéal recherché.

Un système hégémonique comme celui qui nous a régentés pendant des décennies sous la férule du parti unique et à l’ombre de la rente pétrolière ne pouvait logiquement pas accoucher d’une société civile nourrie à la mamelle de la citoyenneté, irriguée par le sens de ses devoirs et mue par la revendication de ses droits. Les organisations de masse ligotées par l’article 120 de triste mémoire ne peuvent aucunement servir de parangon d’organisations indépendantes et responsables.

La société civile, concept historiquement franco-anglais qui consacra la montée de l’organisation et de l’exigence citoyennes en contre-pouvoir pour amortir les excès de ce ‘’nouveau Léviathan’’ qu’est l’Etat, est un syntagme qui est crée pour désigner et nommer une réalité qui prend corps dans la gestion de la cité et non une insaisissable virtualité.

Depuis l’instauration du pluralisme politique et médiatique en Algérie, tous les groupes intéressés par la distribution de la rente et qui se meuvent dans une trajectoire centripète pour s’en approcher au maximum, tous les poujadistes et les lobbies, excroissance de la mafia, exerçant la surenchère sur les structures légales de l’Etat, donc tous ces faciès monstrueux de la nouvelle Algérie sont affublés de l’honorable titre de ‘’société civile’’.

Entre-temps, on aura non seulement explicitement dévié un concept de sa véritable acception, mais, pire, on aura consciemment ou inconsciemment commis une injustice historique vis-à-vis de tous ceux qui font l’Algérie réelle, l’Algérie du labeur et du savoir, souvent dans l’anonymat et l’humilité.

L’embryon de la société civile n’est pas dû aux rentiers- réels ou potentiels- du système, mais aux dignes fils de l’Algérie qui avaient fondé des associations dans la clandestinité pendant les années 80 et qui, à l’image du regretté Boucebsi, ont honoré leurs corporations par un travail de solidarité avec les démunis et les victimes de la détresse sociale

Il en est de même avec les jeunes syndicalistes qui se battent pour l’agrément de leur organisation et pour la sauvegarde de l’outil de travail.

L’esquisse la plus révolutionnaire pour une future configuration de la véritable société civile dans notre pays est, sans doute, la naissance douloureuse du Mouvement citoyen en Kabylie qui ne doit rien aux partis politiques ni au système. Il est vrai qu’il est en train de subir les aléas liés à une conjoncture un peu inattendue de la politique nationale. Cependant, l’idée est lâchée, l’esquisse est tracée et les choix assumés.

Les animateurs de la société civile ne sont candidats ni aux postes ni à la rente. C’est une véritable ‘’zone tampon’’ entre l’État, en tant qu’instance régulatrice et coercitive, et la société, en tant que tremplin de la promotion de chacun et de l’harmonie de tous.

Star Academy :

La parodie de divertissement mise en place par la chaîne libanaise LBC sur le modèle de TF1 a été censurée sur l’ENTV. Le comportement de la vierge effarouchée et de la sainte-nitouche développé par les gardiens officiels du temple a été mis illico presto en application via une ukase transmise à HHC. Mais comme la nature a horreur du vide- et devant l’inanité d’un moralisme de mauvais aloi que d’autres pays musulmans ont gardé d’adopter-, il suffisait de 6000 DA (montant d’un démo numérique) pour continuer à suivre l’émission mythifiée justement par la censure. Plus musulman que moi, tu meurs !

TPS :

Qui pourra consoler les Algériens devenus subitement orphelins du dernier bouquet numérique qui les fait vivre le bonheur par procuration ? Après avoir été dépossédés de Canal Satellite depuis des années, nos concitoyens n’arrivent pas encore à digérer la nouvelle défaite. C’en est une, en effet, puisque nos hackers se sont montrés cette fois désarmés devant un cryptage qui semble, du moins pour le moment, inviolable. Les chaînes étrangères qui restent en clair n’emballent ni les foules ni les solitaires. Et pourtant, il demeure encore Arte, les trois versions de TV5, I Télé, Euronews et la toute dernière France 24. Néanmoins, l’ennui gagne rapidement nos jeunes, eux que rien ne prédispose à suivre assidûment des émissions d’information ou des documentaires. De nouveau, les démos analogiques, qui permettent de suivre les chaînes françaises TF1, F2, F3 et M6, ont la cote. Ils sont même introuvables. De vieilles carcasses ont été cédées dans les marchés aux puces à 7000 DA. De même, il est enregistré un regain de vitalité dans le marché des films vidéo (CD et K7). Quant aux trois variantes de l’Unique (AT, Canal Algérie et la 3), on s’y résout quand on a des invités dans le salon. D’après Abdou Benziane, journaliste spécialiste de l’audiovisuel, les chaînes dont on vient de nous sevrer sont des ‘’chaînes nationales’’ puisqu’elle avaient (horrible et mortel imparfait !) élu domicile chez nous. La crise identitaire peut-elle s’exprimer d’une manière plus explicite ?

Vol de pièces archéologiques et de musée :

Le phénomène du vol de pièces archéologiques et de musée a pris une ampleur inquiétante au cours des deux dernières années. Il ne se passe pas un mois sans que la presse ne fasse état de vol, pillage, vandalisme, concernant le patrimoine culturel et historique de notre pays.

‘’Saisie de 53 pièces de monnaie et une statue romaines par la police de Tébessa’’ (El Watan du 10 décembre 2006). ‘’La gendarmerie a saisi 1100 pièces archéologiques en 2006’’ (la Dépêche de Kabylie du 8 janvier 2007). ‘’Pillage à ciel ouvert à M’daourouch, Souk Ahras’’ (El Watan du 8 janvier 2007). ‘’Plus de 900 pièces archéologiques saisies à Djanet en 2006’’ (L’Authentique du 20 décembre 2006). ‘’Un ancien haut responsable s’empare d’un cimetière romain pour construire un complexe touristique aux Andalouses d’Oran’’ (El Fedjr du 22 janvier 2007).

Certes, nous avons cette fluette consolation d’être informés par la presse ; mais, souvent, et vu l’indolence des services chargés de la protection du patrimoine culturel, ces informations nous jettent à la figure la vérité de notre sentiment d’impuissance devant ce qui prend l’allure d’un massacre de la mémoire du peuple algérien. Y a-t-il pire façon de tuer le sentiment d’appartenance à un pays, à une culture, à une civilisation ? Y a-t-il manière plus avilissante de jeter la jeunesse algérienne dans le giron du nihilisme et dans les bras de l’intégrisme ? On viendra ensuite se plaindre du complexe des Algériens vis-à-vis de l’étranger et du sentiment de la haine de soi !

Yennayer :

Comme d’habitude, la Dépêche de Kabylie s’est, contre vents et marées, éclipsée ce jour-là, premier jour du Nouvel An berbère 2957. En réalité, elle s’est absentée des kiosques le 13 janvier, c’est-à-dire Yennayer+1, parce que le premier jour de l’An berbère tomba le samedi, et que le vendredi est une journée chômée de facto puisque nous sommes en pays musulman. L’un des rares pays musulmans à continuer à sacrifier la logique économique au profit d’un chimérique symbolisme religieux. Tous les ballons-sondes lancés par des cercles décisionnels au sein du pouvoir pour renouer avec le week-end universel-abandonné à la fin des années 70 suite à la pression des milieux arabo-baâtistes dont le gourou était Mohamed Salah Yahiaoui- se sont heurtés à la farouche résistance des éternels rentiers du système qui font valoir les mêmes désuètes arguties.

Amar Naït Messaoud

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