Le film de William Karel, Poison d’avril, diffusé récemment sur la chaîne franco-allemande Arte montre comment on détourne une élection.
Non pas dans quelque République bananière, comme on en a l’habitude, mais dans un pays ‘’démocratique » : la France. Le film, qui relate sur un mode mi-fictif mi-documentaire les péripéties de l’élection présidentielle de 2002, démonte les mécanismes de la manipulation. Comme d’habitude, les partis de droite et d’extrême-droite ont axé leur campagne sur le thème de la sécurité, en montrant du doigt la communauté immigrée.
Les chaînes de télévision ont mis le paquet en inondant les Français d’images de la violence, en exploitant le moindre fait divers, notamment celui de ce vieil homme, battu par des voyous dans la banlieue de Nanterre. Le vieillard, qui a eu juste un œil au beurre noir, a été présenté comme un martyr, une victime de la violence gratuite, et il a fait la une de toutes les télévisions.
Il fallait montrer aux Français qu’ils vivaient dans un climat d’insécurité totale et qu’il fallait ‘’réagir » à la situation, en portant au pouvoir les hommes qui sauront y remédier. En réprimant davantage la délinquance, en pourchassant les sans-papiers, en renvoyant chez eux tous les indésirables : les Noirs, les Arabes, les Asiatiques… Le résultat d’un telle campagne, on le connaît : le candidat de l’extrême-droite est arrivé au second tour. Il n’y a pas eu de bourrage ou de substitution d’urnes, mais il y a eu bien triche : par manipulation des esprits et mensonge.
S. Aït Larba
