Image de la pauvreté des Algériens

Il s’appelle Hadji Mohamed. Il est né le 03 janvier 1950. Sur son visage, on ne peut lire que ce sourire noyé dans les rides qui s’installent avant terme, sous l’effet du fardeau de la misère quotidienne. Hadji n’est qu’un échantillon parmi ces milliers d’Algériens terrassés par le dénuement et la pauvreté dans un pays qui collectionne des dizaines de milliards de dollars grâce à la rente pétrolière. Son analphabétisme, « le préserve » de la douleur de se rendre compte de l’ampleur de la richesse de son pays en comparaison avec sa situation proche de celle d’un indigène dans son propre pays.

Il est recruté le 01 décembre 1998 par l’APC de Ouaguenoun dans le cadre de l’IAIG (Indemnité d’aide à l’intérêt général). Chaque mois, il a droit à la modique somme de 3 000 DA, représentant son salaire mensuel, un revenu avec lequel il devra entretenir ses neuf enfants.

Le plus âgé d’entre eux a moins de 30 ans ; le benjamin a moins de 18 ans. C’est ainsi qu’il faudra s’ingénier en économie afin de trouver le moyen de répartir la fameuse somme de 3 000 DA entre 11 membres d’une famille, chaque mois, et ce sur une durée de 9 ans.

Pour apaiser un tant soit peu sa douleur sociale, le vieux profite des week-ends et des journées creuses pour se procurer quelques dizaines de dinars de plus auprès des particuliers. « Le week-end, ou quand j’ai du temps libre, je travaille chez des particuliers : j’accepte, tous les travaux qu’on me propose, mais l’offre demeure rare », nous a-t-il déclaré avec humilité et douleur.

Cet homme entretient aussi le soir et tôt la matinée le pâturage de son maigre troupeau, son unique sécurité sociale. Chaque jour ouvrable, il est employé pendant 4 heures dans un établissement de sa localité. Les promesses tant promises pour son recrutement dans un poste digne tardent à venir. Le vieux Hadji est évidemment l’arbre qui cache la forêt de misère et de mauvais traitement des Algériens à travers des programmes politico-économiques et sociaux destinés soit-disant à lutter contre le chômage. Cette politique caduque n’a fait qu’enfoncer un peu plus les citoyens dans leur labyrinthe de misère. Pis encore : ce système, depuis son application, a faussé totalement la notion de l’emploi. C’est ainsi qu’on retrouve des établissements qui fonctionnent avec un rien. Une poignée d’employés titulaires, formés de responsables et le reste est comblé avec soit de l’IAIG, soit le filet social ou l’emploi de jeunes. Une main-d’œuvre à bon marché que l’Etat exploite à satiété. En parallèle, les responsables à différents niveaux se targuent à travers leurs différents bilans d’avoir su rendre fonctionnel des établissements et des entreprisses avec un rien. Evidemment, « le rien » c’est cette misère des enfants de l’Algérie profonde qu’on ne cesse d’instrumentaliser et d’exploiter. Et la question reste posée : « A quand le bout du tunnel pour les citoyens de l’Algérie profonde, de la véritable Algérie ? »

Mourad Hammami