«Les projets qui me tiennent à cœur…»

Partager

À travers cet entretien, Mouloud Mouloudj, maire d’Aït Bouaddou, dresse l’état des lieux qui prévaut au sein de sa municipalité et évoque les acquis, les embuches et ses projections pour le futur. M. Mouloudj Mouloud, maire FFS, est à sa 4e mandature consécutive à la tête de l’APC.

La Dépêche de Kabylie : Pour commencer que peut-on dire sur la commune d’Aït Bouaddou ?

Mouloudj Mouloud : C’est malheureusement un constat loin de la réjouissance. Malgré nos efforts et ceux de toute l’Assemblée pour enclencher une dynamique de développement durable, la roue ne se dégrippe toujours pas. Quand on gère une commune qui ne fonctionne que grâce aux subventions de l’État, il faut savoir qu’il est difficile d’avoir une grande marge de manœuvre. Avec l’insuffisance des financements, les reliefs accidentés et montagneux, l’indisponibilité du foncier étatique, les lenteurs administratives et le manque d’entreprises performantes, on ne peut pas avoir les coudées franches et les moyens de concrétiser nos projets. Toutefois, nous essayons contre vents et marrées d’aller de l’avant. Cela ne se fait pas au rythme voulu, mais on fait avec les moyens du bord. En somme, nous avançons comme nous pouvons et non comme nous le voulons.

Pourtant, Aït Bouaddou recèle plein de potentialités touristiques et agricoles. Pourquoi ne pas les exploiter ?

Nous avons déjà lancé une étude pour l’ouverture de pistes pédestres vers Tamda Ouguelmim et le bornage pour, justement, attirer les touristes. Mais la participation de la population locale est nécessaire pour la mise en œuvre de ce projet. La réalisation d’au moins une auberge, des maisons d’hôtes et de petites boutiques pour la vente de produits artisanaux et du terroir est aussi impérative. Mais il faut rappeler que cela n’est pas du ressort de l’APC, c’est au privé d’investir dans ce créneau. L’APC, pour sa part, peut accompagner, jouer le rôle de facilitateur et mettre aussi à la disposition du visiteur des guides et des prospectus. Nous pensons aussi à réaliser des auberges de jeunes pour pouvoir accueillir le touriste, mais cela est conditionné par la disponibilité du foncier ou, à défaut, l’indemnisation de propriétaires terriens. En d’autres termes, l’État doit nous aider mais sinon oui la région recèle de grandes potentialités touristiques.

Lors du Festival des produits du terroir, les visiteurs ont découvert beaucoup de produits agricoles cultivés localement. Pourquoi ne pas mettre le paquet pour la valorisation de ce secteur ?

En effet, dans notre commune, les paysans produisent différents produits, notamment la figue sèche, fraîche et de barbarie, l’huile d’olive, le miel et beaucoup d’autres denrées, notamment les fruits et les légumes. Du côté nord, en allant vers Tizi n T’léta, nous avons une plaine où les paysans cultivent l’orge et, à moindre quantité, le blé. C’est dire que nous avons une production variée que nous essayons de développer via l’accompagnement de nos agriculteurs par l’intermédiaire d’associations agricoles et de notre commission de l’agriculture.

D’ailleurs, en septembre dernier, plusieurs de nos agriculteurs ont participé à la Foire agricole de Tlemcen qui s’est déroulée. Les produits agricoles et artisanaux d’Aït Bouaddou y ont été exposés et appréciés, car ils sont bios. Notre région est également riche en glands que l’on transforme en farine pour en faire du pain. C’est un produit nutritif et également bio. Globalement, nous avons des potentialités et des possibilités de production non négligeables qui peuvent même répondre à la demande locale. Toutefois, notre commune fait face à un phénomène qui détruit nos récoltes : la prolifération des singes magots qui arrivent jusqu’aux habitations en détruisant tout sur leur passage.

Les petits élevages peuvent aussi donner un plus à cette localité. Avez-vous pensé à lancer ce genre d’activité ?

Du côté d’Azaghar, au nord, nous comptons déjà plusieurs petits éleveurs de bovins et d’ovins qui produisent de la viande rouge et même du lait cru. En allant vers la montagne, il y a des élevages caprins, ovins et bovins en transhumance, c’est-à-dire lâchés dans la montagne à partir du printemps et récupérés en hiver. Il y a aussi des apiculteurs, des cunicultures, des éleveurs de volailles et de poules pondeuses…

Mais sinon on se plaint de quoi à Aït Bouaddou ?

Le manque d’eau continue de malmener notre population, notamment en été. Nos villages n’étaient alimentés qu’à partir des captages en montagne et une station de pompage Thabwoudh. Pendant la saison chaude, les débits diminuent, l’eau manque et l’alimentation faiblit. Ce secteur, que notre APC continue à gérer, nous coûte beaucoup d’argent. Il consomme le deuxième plus grand budget après celui des salaires. A présent, nous recevons de l’eau à partir du barrage de Koudiet Asserdoun de Bouira que l’APC continue à payer. Concernant de l’assainissement, il est vrai que les villages sont raccordés au réseau d’évacuation des eaux usées, mais les rejets polluants vont droit dans les cours d’eau et ruisseaux et portent, du coup, atteinte à l’environnement. Le secteur concerné est appelé à inscrire quelques bassins de décantation et, au moins, une station d’épuration.

Qu’en est-il du gaz naturel et de l’électricité?

Dans ce secteur, j’estime qu’on est gâtés. Le taux actuel à travers la commune est presque total, hormis quelques zones éparses, notamment du côté d’Azaghar. Il s’agit pour la plupart de nouvelles habitations que nous comptons raccorder progressivement, dans le cadre des budgets communaux et de wilaya. S’agissant de l’électricité, nous totalisons plusieurs habitations éparses qui ne sont pas branchées à ce réseau. Il nous faut un programme de la direction de l’énergie. Les listes des demandeurs sont établies et transmises à la direction concernée. Je rappelle que nous avons bénéficié d’un programme de raccordement de quelques habitations en 2010 qui n’a pas été réalisé car des propriétaires d’habitations omises s’y sont opposés. Il nous faut une autre étude pour que tout le monde bénéficie de cette

énergie. Nous appelons la direction de l’énergie à lancer cette étude et à passer au raccordement des foyers non alimentés en

cette énergie.

Et pour le logement et l’habitat rural ?

Sur ce plan, notre commune est vraiment lésée. Hélas, nous n’avons aucun terrain d’assiette relevant de l’État. Nous demandons des financements pour acquérir des terrains et pouvoir lancer quelques projets. Pour ce qui est de l’habitat rural, une formule qui a permis à des centaines de familles de construire leur logement, nous totalisons, à présent, 600 demandes. Mais le dernier quota que nous avons reçu, en 2018, ne comprenait que 70 aides. Nous demandons un quota plus important pour répondre à la forte demande.

Parlez-nous du secteur de la jeunesse et des sports…

Nous avons réalisé plusieurs aires de jeu et foyers de jeunes à travers les villages. Nous avons un stade communal opérationnel et engazonné et, par ailleurs, un club de football (ASAB) et un autre club d’athlétisme (ASAB Bachir Belkacem). En revanche, notre commune n’a pas de salle polyvalente. Mais nous avons fait un choix de terrain et sollicité le ministère de la Jeunesse et des Sports pour son inscription. Sinon, nous disposons d’une maison de jeunes construite dans le cadre des PCD, cédée à la DJS, et nous en construisons une autre à Aït Irane, mais celle-ci nécessite une rallonge financière pour son achèvement et sa mise en exploitation. A Aït Oulhadj, un même projet existe. Une entreprise a été retenue en attendant le lancement des travaux qui devra intervenir incessamment.

Quels sont les projets qui vous tiennent à cœur et que vous n’arrivez pas à concrétiser ?

Nous tenons et nous ferons de notre mieux pour réaliser une salle omnisports, un lycée et surtout une polyclinique. Il faut savoir que notre commune a grandement besoin d’une telle structure médicale puisqu’elle ne dispose, pour le moment, que de six unités de soins qui n’offrent que des prestations médicales élémentaires. Nous souhaitons aussi la généralisation de la fibre optique à travers tous les villages.

Entretien réalisé par Hocine T.

Partager