Des changements et des questions

Le changement nominatif dans le gouvernement de Ahmed Ouyahia a donc eu lieu sans pour autant provoquer le déclic tant attendu d’une telle opération qui ne risque probablement pas de se reproduire de si tôt. La première remarque, qui s’impose a priori dans ce remaniement, est sans conteste la consécration de la prédominance des partis de l’Alliance présidentielle dans l’Exécutif de Bouteflika. Ce dernier, et contre toute attente, a renforcé notamment la présence du Mouvement de la société pour la paix (MSP) en offrant un portefeuille de ministre d’Etat à son leader qui, il n’y a pas si longtemps, critiquait de manière sévère l’action du gouvernement tout en maintenant ses ministres qui agissent, eux aussi, en contradiction avec les choix de leur groupe parlementaire à l’Assemblée nationale, en témoigne le maintien par les députés de l’importation des véhicules de moins de trois ans. Une idée critiquée par le ministre de l’Industrie de l’époque, El Hachemi Djaâboub, lui aussi militant du MSP. Aux côtés du MSP, les deux autres partis de l’Alliance ont vu leurs leaders figurer dans l’actuel Exécutif. Si le maintien de Ahmed Ouyahia à la tête du gouvernement n’a rien de surprenant, la nomination de Abdelaziz Belkhadem en tant que ministre d’Etat l’est davantage, d’autant que ce dernier a affiché publiquement sa volonté de se décharger de ses missions officielles pour se consacrer à son parti qui est en phase de restructuration. Cela dit, le seul changement qui n’a vraiment pas surpris est sans nul doute le départ de Abdelatif Benachenhou. Le remplacement de ce dernier ne constitue plus un mystère depuis déjà quelques mois à cause de ses divergences avérées et devenues publiques avec le chef de l’Etat et son chef du gouvernement sur les questions relatives à la gestion des finances publiques et la réforme bancaire. Le différend entre les trois responsables était tellement grave que Abdelaziz Bouteflika s’est vu dans l’obligation d’interpeller son ministre des Finances publiquement à l’occasion d’un discours prononcé le 7 avril dernier devant les cadres de la nation, où il s’est montré en porte-à-faux par rapport aux options prises par Benachenhou. Le retour de Yahia Guidoum aux affaires publiques a aussi surpris certains observateurs. L’ancien ministre de la Santé durant les premières années du mandat de Bouteflika est donc revenu pour s’occuper de la jeunesse et des sports. Réussira-t-il à se refaire une sympathie comme lors de son premier passage à l’Exécutif ? Le seul départ qui n’a peut-être surpris personne est celui de Mohamed Seghir Kara qui était à la tête du tourisme. Ce secteur, qui n’arrive pas à décoller, semble être une des priorités du Président du fait qu’il constitue l’une des économies substitution au secteur des hydrocarbures. C’est justement le décollage de l’économie qui semble s’affirmer à la lecture de la liste des nouveaux ministres. C’est dans ce secteur justement qu’il y a eu le plus de changement, puisque les réformes promises n’ont pas encore vu le jour. Cela est-il possible avec le retour de Temmar et Medelci ? La réponse n’est pas osée à l’heure actuelle même si le pari reste difficile en l’état actuel des choses. Il reste maintenant une question qui taraude notamment les médias avec la vacance du ministère de la Communication. Ce poste va-t-il être supprimé ? La rumeur bat déjà son plein d’autant plus que cela intervient à la veille de la célébration de la Journée mondiale de la liberté de la presse.

Ali Boukhlef