Le calvaire “euro-retraités”

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Dès que le virement de leurs pensions de retraite est effectué, les retraités de France de la région de Seddouk se ruent, qu’il pleuve ou qu’il vente sur le siège de la BADR, seule institution bancaire établie dans cette ville, dans l’espoir de pouvoir retirer leur argent. Ainsi, dès les premières lueurs du jour, ils arrivent de partout qui, une canne à la main qui, accompagnés d’un proche, pour former une file interminable devant le portail de l’agence qui ne s’ouvrira qu’à 9 heures. “J’étais là à 6 heures du matin”, dira un septuagénaire les yeux hagards, visiblement manquant de sommeil. “J’espère seulement que cette fois-ci je serai servi dans la journée. Le mois passé, j’ai attendu toute la journée et à la fermeture des guichets, mon tour n’était pas encore arrivé, ce qui a fait qu’on m’a prié avec d’autres vieux dans le même cas, de revenir le lendemain”, dira-t-il. A l’ouverture de l’agence, c’est la ruée, ils pressent le pas pour déposer leurs papiers sur le comptoir et attendre que le préposé au guichet entame le paiement en appelant au fur et à mesure leurs noms, suivant l’ordre des pièces d’identités alignées les unes derrière les autres. Ces personnes du troisième âge attendent des heures, pourvu qu’elles aient la chance de retirer leur pécule le même jour. Les plus chanceux s’installent confortablement sur les chaises alignées dans l’espace d’attente réservé à la clientèle, d’autres s’agglutinent un peu partout à l’intérieur ou à l’extérieur, d’autres encore sont adossés aux murs ou flânent dehors. Les opérations de change parallèle se font juste à la sortie de l’agence auprès des cambistes bien organisés s’entendant parfaitement entre eux : le taux de change affiché est le même pour tous. L’opération de change se fait discrètement, la personne est attirée dans un coin à l’abri des regards indiscrets. Jusque-là, tout va bien dans le meilleur des mondes. L’inconvénient pour ces “euro-retraités” est ailleurs : l’agence bancaire est implantée à la cité des 48-Logements, loin des arrêts de bus, ce qui oblige cette clientèle âgée à faire environ un kilomètre à pied avant de prendre le transport. Et pourtant, des locaux situés au centre-ville ont été loués depuis 2003 par la BADR dans le but d’y aménager une agence modèle avec la ferme intention de moderniser ses services et d’améliorer la qualité de ses services. Dans un autre contexte, au niveau de l’agence, on nous informe que des mesures d’assouplissement des retraits d’argent ont été prises. A titre d’exemple, le chèque de retrait, opération qui prenait auparavant assez de temps a été supprimée en faveur d’une simple pièce comptable de retrait (avis d’opéré) informatisée que doit signer le client. En tout état de cause, ces vieux sont partagés chaque fin de mois entre l’enthousiasme de retirer leur argent et l’amertume induite par un trajet pénible, l’attente pendant des heures, quand ce ne sont pas des jours et sans oublier les tracasseries paperassières.

L. Beddar

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