Pillage en règle d’une entreprise publique

L’affaire de l’EPBTP-Béjaïa (voir notre édition d’hier) constitue une parfaite illustration de la gestion hallucinante de certaines entités publiques qui échappent encore à la sanction de la privatisation, voire de la dissolution pure et simple. En l’occurrence, on est, d’abord, en présence de deux ingrédients plutôt cocasses.

Au plan financier, il n’est pas à proprement parler question de détournement de deniers publics mais de minoration de résultat. Par un ensemble de circonvolutions comptables, le P-DG aurait abouti à présenter un bilan déficitaire (bien lire : déficitaire) de «seulement» 13 milliards de centimes alors qu’il serait, en réalité, de quelque 40 milliards. Et pourquoi donc ? Tout simplement pour pouvoir bénéficier d’une sorte de prime à l’efficience managériale qui serait de l’ordre de 30% des traitements mensuels. Désespérée de réaliser une quelconque performance, l’EPE, ou plus précisément le holding d’Annaba dont dépend l’EPBTP-Béjaïa, en arrive, à féliciter, ceux de ses cadres qui réalisent les contre-performances les moins criardes. Tout simplement ahurissant ! Une telle manœuvre dolosive serait bien sûr impossible sans la complicité active et du staff dirigeant de l’entreprise et, plus particulièrement, du commissaire aux comptes. Or l’ordre des choses voudrait qu’il y ait un net cloisonnement entre les actes de gestion et les fonctions de contrôle assurées, en l’occurrence, par un vénérable commissaire aux comptes qui tient un office privé qui a pignon sur rue à Béjaïa.

Ce n’est manifestement pas le cas à l’EPE EPBTP-Béjaïa.

Et ce n’est pas fini. Non content d’avoir commis des écritures visant à induire en erreur l’autorité de tutelle, le P-DG se serait aussi livré à une effarante prédation du patrimoine immobilier de l’entreprise. L’enquête des services de la police judiciaire de Béjaïa relèverait ainsi l’accaparement de deux logements par le P-DG lui-même et quatre locaux commerciaux par Madame son épouse. Le 1er avril dernier, jour des grosses conneries, il va purement et simplement biffer le nom d’un acquéreur sur plan d’un logement, qui a introduit cette option trois ans auparavant, pour le remplacer par le sien propre.

33 autres unités immobilières (logements, bureaux et locaux à usage commercial) seraient aussi indûment transférées au patrimoine de quelques-uns des cadres de l’entreprise. La même enquête indexe des trous d’inventaire dans les stocks de ciment et le compte de la mise en location des engins de la société. Le tout concourt à une véritable conspiration managériale visant l’accaparement illicite des biens de la société. Une société qui a ainsi été soumise à un pillage en règle.

Pas moins de 29 personnes, en majorité des cadres de l’entreprise, ont été entendues par l’instruction dans le cadre de cette affaire. Le P-DG et six de ses collaborateurs ainsi que le commissaire aux comptes ont été placés sous contrôle judiciaire.

M. B.