Un flou dommageable et suspect

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L’année 2007 est une année électorale par excellence puisque sont censées s’y dérouler les élections législatives et locales et, fort probablement un référendum sur la révision constitutionnelle. Après avoir été annoncé en grande pompe pour la fin de l’année écoulée, au plus tard, le référendum sur la révision constitutionnelle est reporté sine die, sans que la moindre explication ait été avancée pour éclairer l’opinion publique ni même les acteurs politiques. Mieux : il est souvent arrivé que le chef du gouvernement et son ministre de l’Intérieur tiennent des propos aux antipodes les uns des autres à ce sujet, ajoutant ainsi à la confusion déjà grande. Lorsqu’on sait que la nature et la profondeur des amendements apportés à la loi fondamentale et censés être proposés aux électeurs par voies référendaires sont toujours inconnus de ces derniers, le moins que l’on puisse dire est que cette manière d’opérer n’est pas “orthodoxe”. Au contraire, elle contribue à cultiver la suspicion et à élargir le fossé qui sépare dirigeants et citoyens.

Le scrutin législatif et les élections locales (APC et APW) ont été annoncées officiellement par le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales respectivement pour le mois de mai et le mois d’octobre.

Là aussi, aucune date précise n’a été avancée. Or, s’agissant d’élections qui rythment la vie politique nationale et locale, le temps est précieux pour les partis politiques et les personnes concernées et sa gestion est fondamentale. On ne se prépare pas de la même façon et au même rythme selon que le scrutin législatif se tienne, par exemple, le premier ou le dernier jeudi du mois de mai. La même remarque vaut pour les élections locales prévues pour le mois d’octobre. A-t-on seulement tenu compte du mois de Ramadhan ? Peut-on décemment envisager une campagne électorale en plein mois de

jeûne ? Ce sont autant d’interrogations qui taraudent les esprits et qui rendent difficiles, pour les parties concernées, la gestion de leur temps. Il est connu, par ailleurs, que dans ce genre de compétition, celui qui a la maîtrise du calendrier a une longueur d’avance sur ses concurrents. Dans ce cas de figure, c’est le FLN qui, à travers son premier responsable et non moins chef du gouvernement, bénéficie de cet avantage substantiel. Et, si l’on tient compte du nombre de déclarations de M. Belkhadem, il entend bien en bénéficier le plus longtemps possible. Il suffit, pour s’en convaincre, de rappeler quelques propos du chef du gouvernement, invariablement démentis par les faits.

Le long de l’année 2006, il a affirmé que la priorité du président de la République était la révision constitutionnelle et que le référendum devant la consacrer se tiendrait avant la fin de l’année. Ce délai étant écoulé, il prétend que ce référendum serait organisé avant le scrutin législatif, c’est-à-dire avant le mois de mai. Comme cela est techniquement impossible, il avance l’idée du jumelage des élections législatives et locales avant de se rétracter. Bien avant cela, il a émis le vœu de changer le mode du scrutin législatif et a proposé le retour au scrutin uninominal majoritaire à deux tours, celui-là même qui a permis à l’ex-FIS de se tailler la part du lion lors des législatives de 1991. Dans ce comportement centré sur la confusion entre la personne Belkhadem, celle du chef du FLN et celle du chef de l’Exécutif, on décèle deux objectifs évidents. Le premier est tactique. Il s’agit de jouer sur le calendrier de manière à le rendre illisible et dérouter, ainsi, la concurrence. Par la même occasion, il s’agit de tenter à chaque fois de forcer la main au président de la République pour qu’il prenne les décisions qui agréent le mieux les intérêts de sa formation. Le second est stratégique. En défendant bec et ongles le retour au scrutin uninominal majoritaire à deux tours, le chef du gouvernement vise rien moins que la bipolarisation, pour longtemps, de la vie politique. Or, tenant compte de la configuration actuelle du paysage politique et des forces en présence, le FLN de Belkhadem en serait le premier, sinon le seul bénéficiaire. La représentation nationale se limiterait alors dans une grande mesure aux députés du FLN et à ceux du courant islamiste. En fait, on aboutirait sans coup férir à un parlement bipolaire que se partageraient des islamistes avérés mais non assumés et des islamistes qui affichent clairement leur identité… Rien n’autorise une telle gouvernance. Et rien ne justifie les silences pesants qui l’entourent.

Anouar Rouchi

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