De mémoire des habitants du village d’Aït Djemaâ, jamais la place de la localité d’Ighil-Bormi dans la commune d’Aït Bouaddou n’a connu une telle animation et quel heureux événement !Il s’agit de la projection sur écran géant de 5×3 mètres du chanteur rebelle Matoub Lounès, lors du gala qu’il s’est offert un certain 27 janvier 1995 qui coïncide avec son 30ème anniversaire. Ce jour-là le Zénith était plein à craquer. Le gala historique fut une réussite puisqu’il a réuni sur la même scène d’autres enfants terribles de la chanson kabyle, je cite Idir, Benmohamed, Malika Domrane, et aussi l’humoriste franco-algérien Smaïn. Permettre aux habitants qui n’ont jamais eu la chance de voir Matoub sur scène a été rendue possible par l’effort conjugué de 2 associations locales (Amezgun n Djerdjer et Tachemlit), qui ont mis tous les moyens dont elles disposent pour permettre à la fondation Matoub Lounès qui a envoyé 2 techniciens d’assurer la projection. Toutes les conditions étaient réunies, un écran géant préparé 2 heures auparavant et accroché sur la façade d’une maison, un climat printanier des plus doux et une affluence records de jeunes, des hommes de tous les âges venus aussi des villages voisins et de nombreuses familles qui ont assisté à partir de leurs balcons à l’historique projection. La fête a commencé à 21 heures. Mais auparavant, une minute de silence rigoureusement respectée a été observée à la mémoire de Lounès Matoub assassiné le 25 juin 1998 par la horde terroriste et aussi à la mémoire des victimes du Printemps amazight 2001 tristement célèbre et baptisé le Printemps noir. Le gala anniversaire a commencé par la chanson prémonitoireCfut di targa di shlighdanzt w awen di siwlfnBeaucoup de personnes présentes sur les lieux de la projection n’ont pu retenir leurs larmes en voyant Matoub les saluer comme s’il était encore parmi nous. Malheureusement, la nébuleuse intégriste a décidé autrement. Au cours de ce gala historique, Lounès, visiblement très en forme, a interprété plusieurs de ses chansons connues (Anza, Kenza, Hedjadj, Mi Mezran, et aussi des duos parfaitement réussis avec Idir dans le chanson « Amdakel » du maquisard de la chanson Ferhat. Le deuxième duo a été réalisé en parfaite symbiose avec Malika Domrane. A deux, ils ont interprété une des rares chansons d’amour qu’à chantée Slimane Azem, en duo lui aussi avec la voix sublime de Bahya Farrah (A tin Hemlagh). Tard dans la nuit, le projecteur s’éteint, la projection est terminée, le public qui a été exemplaire s’est dispersé dans le calme. Un des jeunes questionné pendant le démontage de la scène nous dira : « Merci aux organisateurs, merci à la fondation Matoub qui nous ont permis un Zénith à Ighil Bourmi ». Un homme de 65 ans, dira : « C’est la première fois de ma vie, que j’ai vu une telle affluence et une telle ambiance sur cette place ».
M. Ouaneche
