Sept pour l’ensemble de la wilaya depuis le début de l’année 2007. C’est sept de trop. Sept étant à ce jour le nombre de suicides enregistrés par la Gendarmerie nationale et comptabilisés dans les statistiques officielles et macabres qui d’une année sur l’autre progressent ou régressent. Béjaïa, à en croire une rumeur bien ravageuse et tenace détiendrait la peu glorieuse pole position en matière de suicides. Une étude rendue publique l’année dernière est même venue corroborer cette affirmation. Depuis, la tendance est à la revue à la baisse du risque-suicide et le colonel Derramchia, chef de groupement de la Gendarmerie nationale calme le jeu en affirmant « que rien ne permet de confirmer ou d’infirmer cette thèse vu qu’aucune étude sérieuse n’a été menée au plan national pour établir une quelconque comparaison ». La réalité des chiffres obtenus, tant auprès de la Protection civile que de la Gendarmerie tend plutôt à minimiser l’ampleur de cet épi-phénomène qui accuserait depuis 2004 une baisse remarquable et si les chiffres ne sont pas tout à fait les mêmes, la même diminution des cas ressort dans les rapports des structures.
Cette espèce de disparité s’explique par le fait que certains cas, non recensés par la protection civile sont directement pris en charge par la gendarmerie. Ceci d’une part. D’autre part, la classification en vigueur chez la Protection civile fait que certains cas ne figurent nulle part dans le bilan des activités de l’année. A moins qu’ils ne soient plus prosaïquement dilués dans une catégorie qui peut être celle des cas d’asphyxie…
Autre remarque de taille qui s’impose de manière singulière: les candidats au suicide qui usent de ce véritable tremplin vers l’au-delà qu’est la place Gueydon et qui après un saut de l’ange se retrouve démantibulés sur la chaussée n’est pas pris en compte comme cas de suicide. Il est aussi curieux que cela puisse paraître répertorié dans la catégorie « évacuations ».
Toutes ces contorsions sémantiques ne peuvent occulter deux faits patents : un, le suicide et une réalité à Béjaïa, deux, les chiffres officiels font état d’une baisse importante.
Ainsi, ils passent selon la Protection civile de 35 en 2005 à 23 en 2006. Le rapport de gendarmerie lui fait état de 60 cas en 2004 37 en 2005 et seulement 28 en 2006. Précision de taille, ces chiffres ne concernent que les cas signalés et donc pris en charge par ces corps. La catégorie d’âge la plus touchée est celle comprise entre 30 et 40 ans et le moyen le plus usité reste la pendaison suivie de l’usage massif de produits chimiques et de barbituriques. Quant à l’aire géographique, si Aokas Tizi N’berber et Adekar (Taourirt Ighil) se taillent la part du lion, le reste de la wilaya n’est guère épargné. Enfin, les malades mentaux représentants à eux seuls presque la moitié des cas enregistrés.
Autre facteur qui fait planer un doute certain sur les chiffres avancés ; pour un suicide signalé, comme tel, combien de cas camouflés en mort naturelle ? Dans une société conservatrice, où l’honneur fait souvent office de seule richesse, l’acte d’autodestruction est perçu comme une atteinte à l’intégrité morale du clan. Et quand, il s’agit d’une fille, le malheur prend des proportions dépassant le deuil pour des raisons que vous comprendrez…L’opprobre post mortem, quand l’acte arrive à filtrer dépassant le strict cadre des très proches, poursuit ainsi la famille in » sécule sécularum ». Aussi, est-il recommandé de garder motus et bouche cousue.
Il faut donc raison garder et appréhender le phénomène à sa juste dimension. L’Algérie, la Kabylie sont loin, très loin de la France, du Japon, des pays scandinaves. Etrange paradoxe qui veut que ce soient les plus riches qui se suicident le plus !
Mustapha R.
